Voici une thématique qui nous semblait importante d’aborder car elle est le fer de lance de notre métier d’éducateur : nous sommes là pour former des enfants à devenir les joueurs de demain, ce qui nécessite d’abord de prendre une licence au sein de notre fédération, puis d’y rester. Les études concernant les enfants ne sont pas légions, nous allons donc nous baser sur l’adolescence et de ce fait, le jeune. Cette période semble être cruciale puisque c’est ,durant celle-ci ,que beaucoup de nos joueurs et joueuses arrêtent l’activité sportive qu’ils pratiquaient, soit pour en changer ou soit pour arrêter complètement. Qu’est-ce qu’il se passe à cet âge? Quelles peuvent être les raisons d’un tel revirement? sont quelques une des questions que nous pouvons nous poser. Nous tâcherons d’éclaircir certains points dans cet article, puis dans un suivant de faire des propositions. Nous pensons d’ores et déjà que bien gérer la période de l’adolescence passe sans doute par une bonne préparation lors de l’enfance. En d’autres termes, il faudrait se questionner sur notre manière de gérer ces deux périodes afin de perdre un minimum d’enfants. Nous tâcherons à travers notre réflexion de vous faire sentir le rôle prépondérant des parents, qu’il est nécessaire de gérer avant et pendant la saison, mais aussi en parallèle de l’activité de leurs enfants.

L’ENGAGEMENT À UN CLUB

Vous le savez très certainement mais il existe des facteurs essentiels incitant l’enfant et le jeune à pratiquer une activité sportive :
Facteurs influençant la pratique d'une activité physique

Facteurs influençant la pratique d’une activité physique

 
Ces quatre éléments pourraient donc être des axes à retrouver dans un projet de formation du joueur sur le long terme. La socialisation peut être définie comme : « le processus au cours duquel un individu apprend et intériorise les normes et les valeurs tout au long de sa vie, dans la société à laquelle il appartient, et construit son identité sociale » (source wikipedia). Notre activité devra donc être porteuse de ces normes et valeurs et devra concourir à l’éducation de l’enfant. Elle devra aussi être porteuse d’une culture, celle d’un sport d’équipe, comme peut l’être par exemple, à l’heure actuelle le rugby qui s’est construit autour du slogan « école de la vie ». L’apprentissage d’une technique devrait être inhérent à l’entraînement et la construction d’une identité a déjà été analysée (article ici ).
Au delà de ces quatre éléments, il est important de savoir que le premier contact de l’enfant, pouvant amener un engagement ce fera par le biais de ses parents ou sous leur égide, si la première approche se fait par le biais de l’école ou d’un amis. Il n’est pas rare lors d’opérations de sensibilisation d’avoir un grand nombre d’enfants souhaitant venir au club, puis le jour J, il n’en reste plus beaucoup. Les parents semblent donc avoir une importance capitale dans tous les processus, que ce soit l’engagement que la fidélisation. Cette influence des parents va ensuite décliner au profit de la pression qu’exerce le groupe de camarades jugés comme important. Tout va se dérouler comme le rapport de l’enfant à ses parents, évoluer d’un rapport de confiance à un rapport de conflictualité (à 14-15 ans), ceci dans le but de marquer sa différence. L’attitude des parents vis-à-vis du sport a aussi un poids non négligeable pour la pratique de l’enfant, ainsi que leur pratique d’un sport. S’ ils font un sport ou qu’il leur semble normal dans leurs mots d’en faire, alors l’enfant aura tendance à se diriger vers une activité sportive.
Un autre élément, certes moins prépondérant demeure les facteurs sociaux, qui peuvent influencer la décision de pratiquer, faire pratiquer ou encore le choix de l’activité elle-même. Par exemple, certaines activités sont marquées économiquement. Le handball n’en fait pas parti, mais il est marqué socialement par d’autres critères, susceptible d’amener des enfants à pratiquer ou justement à ne pas le faire : c’est un sport de contact qui pourrait avoir tendance à faire fuir les filles, ou encore un sport d’équipe.
«  Il semblerait que les garçons soient plus traditionnellement tournés vers la compétition alors que les adolescents chercheraient plutôt à tisser des liens sociaux. Les filles s’attacheraient d’avantage à d’autres valeurs, plus esthétiques, collectives et relationnelles que proprement compétitives. » P. Bana
Par conséquent, d’après ces premières données, il nous faudra respecter les centres d’intérêts ou du moins ce que recherche chacun des sexes dans la pratique de notre activité, en permettant aux parents d’avoir une place importante et en n’hésitant pas à utiliser des outils leur donnant envie d’amener leurs enfants au sein de notre structure.

L’INTÉGRATION AU SEIN DU CLUB

Un des rôles souvent trop mis en silence d’un club de handball est qu’il doit permettre aux enfants de créer du lien entre les différents pratiquants à travers des normes et des valeurs communes et de ce fait ,l’intégration aux différentes équipes, ainsi qu’au club, doit être rapide et simple. De plus, le club devra permettre à l’enfant de s’impliquer dans des rôles multiples, susceptible d’assouvir ses envies et d’accéder à  l’autonomie. L’accès à ces différents éléments déterminera en grande partie l’attractivité et la pérennité de l’adhésion du jeune sportif.
L’adhésion à un club va se faire selon différentes étapes que l’enfant devra franchir pour s’intégrer pleinement au sein de notre structure :
Etapes pour une intégration en club réussie

Etapes pour une intégration en club réussie

Vous remarquerez que ces différentes étapes sont intimement liées aux facteurs influençant la pratique d’une activité.
L’éducateur, en tant que référent adulte, va être un véritable lien entre l’enfant et le club. Il a donc un rôle primordial en tant que modèle d’ouverture, de convivialité, d’engagement ou encore d’exigence pour l’enfant, qui facilitera la poursuite ou l’amènera à abandonner.
Le club doit donc avoir comme rôle premier d’initier l’enfant à la pratique du handball, tout en satisfaisant les besoins de l’enfant, qui sont être accueilli, accepté et accompagné. Il peut donc exister une relation conflictuelle ou paradoxale entre la compétition qui va devenir le propre du club et la sociabilité dont à besoin l’enfant en grandissant. A cela peut s’ajouter l’image souvent véhiculée par la télévision amenant le jeune à penser qu’être un champion est facile. En effet, ils ne perçoivent que les résultats ou les grands évènements sportifs, mais rarement l’envers du décor :  le travail, l’exigence et le temps passé pour en arriver à ce niveau.
Une étude menée par la Fédération Française de Handball, en 1996, a montré que les motifs de départs d’un club étaient dus à un problème relationnel avec l’entraîneur et la qualité de l’accueil en club, ce dernier point restant un élément décisif de la pratique de l’enfant. Tout semble se passer comme si pour fidéliser au fil du temps, il fallait tout d’abord mettre en avant l’aspect éducatif mais aussi le plaisir, pour ensuite amener les enfants vers la compétition.
Comme nous l’évoquions précédemment, un autre élément qu’il est important de rendre facile d’accès pour l’enfant, en vu de son intégration, est la possibilité de s’engager sur d’autres rôles et de valoriser ce dernier.

LA MOTIVATION COMME MOTEUR

Les études sur la motivation sont nombreuses, les chiffres sont approximatifs car variables de l’une à l’autres mais des tendances sur les éléments la développant émergent malgré tout :
  • le plaisir est l’élément fondamental, mais diminue au fil du temps,
  • les rencontres avec des joueurs qui deviendront des amis,
  • la santé.
Les raisons de l’abandon ont aussi été étudiées, voici les résultats de deux études différentes dans les grandes lignes :
Les sources de l'abandon, aperçu statistique

Les sources de l’abandon, aperçu statistique

Nous n’avons fait apparaître que les éléments ayant un gros pourcentage. Il ressort de ces deux études que les principales raisons « maîtrisables » soient liées à l’accueil et à la gestion de la carrière sportive naissante de l’enfant. Pour les compléter, voici les chiffres d’une troisième étude, montrant l’influence possible de l’entraîneur sur l’abandon :
  • il ne serait pas sympathique (10%),
  • il ferait des reproches trop nombreux (5%),
  • il ne s’occuperait que des meilleurs (5%).
Deux autres éléments sont à prendre en compte pour expliquer l’abandon avec l’arrivée de l’adolescence, qui sont l’augmentation de la charge scolaire et l’importance donnée par les parents aux diplômes, ainsi que l’importance du cercle d’amis et de passer du temps avec eux.
Afin de modéliser les variables influençant la poursuite ou l’abandon de la pratique, nous vous proposons le schéma suivant :
Modélisation des variables influençant la poursuite ou l'abandon

Modélisation des variables influençant la poursuite ou l’abandon

Ces variables vont influencer  la motivation si la satisfaction éprouvée lors de la pratique sportive ou ce qui se passe autour, est évaluée positivement par l’enfant ou le jeune. Elle représente le rapport entre le coût de l’expérience sportive et le bénéfice lié à cette dernière. L’enfant aura aussi tendance à évaluer l’investissement qu’il met dans l’activité, ce qui sera une source de motivation importante. En d’autres termes, plus l’enfant aura un nombre d’années de pratique important et plus il sera difficile pour lui d’arrêter. Il apparaît donc que les habitudes précoces de pratique conditionnent la pratique sportive extérieure.
Le jeune va investir l’activité à condition de satisfaire trois besoins fondamentaux :
Besoins à satisfaire lors de la pratique sportive

Besoins à satisfaire lors de la pratique sportive


LES PARENTS

Comme nous vous le disions précédemment, les parents ont un rôle très important dans la pratique de leurs enfants. La vraie question pour nous éducateur est quelle place  leur donner? Elle est souvent difficile à trouver, car variable de l’un à l’autre. Initialement, il existe des tendances :
  • ceux qui déposent leurs enfants et qui s’en vont,
  • ceux qui ne pensent qu’être des taxis,
  • ceux qui managent,
Bien souvent, ils sont plus sources de colère que de contentement, mais il faut absolument garder à l’esprit que leur présence est valorisante pour l’enfant, car elle montre l’intérêt qu’ils lui portent. En ayant une attitude positive, ils sont la principale source de confiance et d’estime de soi pour l’enfant.
Sans vous donner de recettes, car nous n’en n’avons pas, voici une modélisation très simple permettant d’avoir une réflexion sur la place qu’il faudrait essayer de donner aux parents :
La place des parents

La place des parents

Nous espérons avoir éclairci de manière plutôt théorique le sujet de l’adhésion et de la fidélisation.
Pour aller, plus loin sur le sujet, voici un article vidéo sur l’abandon sportif.