Faire rentrer l’enfant dans un projet de progression est pour nous fondamental pour la réussite de sa formation. Cela semble assez simple : pourquoi ne viendrait-il pas pour progresser alors qu’il a lui même choisi l’activité? Tout n’est pourtant pas si simple. L’enfant vient pour s’amuser ou voir ses amis, ou les deux, ou encore parce que c’est le souhait de ses parents.
L’éducateur a donc un rôle prépondérant pour amener l’enfant vers le comportement qui l’amènera à progresser rapidement et qui lui permettra au fur et à mesure d’apprendre à apprendre.
Nous ne développerons pas ce que doit être le bon comportement chez le joueur, parce que nous pensons qu’il est aussi dépendant de ce qu’est l’éducateur, de ce qu’il recherche (voir ici). Un élément fondamental est la compréhension et l’analyse des conduites de l’enfant  pour savoir comment agir avec lui.
Prenons un exemple qui arrive assez souvent dans nos salles de handball : une file d’attente à un atelier et des enfants qui se chamaillent. Avant de punir ou de hurler sur les enfants, il faut se demander pourquoi ce comportement apparaît! Malheureusement ,tout n’est pas de la faute de l’enfant ( ou heureusement). La première chose à comprendre, c’est que l’enfant recherche de l’activité physique : il aime se dépenser la plupart du temps et donc ne veut pas rester inactif. Notre problème est donc d’éviter que son activité reste dans le cadre que nous souhaitons et pas que cela devienne un problème pour ses progrès en se transformant en un comportement déviant, c’est-à-dire inadapté. Les comportements déviants peuvent revêtir différentes formes :
  • l’enfant s’agite, tape les autres, fait le pitre,
  • l’enfant n’écoute pas les consignes,
  • l’enfant ne fait pas ce que vous lui demandez.
Modélisation simplifiée de la création d'acte moteur

Modélisation simplifiée de la création d’acte moteur

 
Un temps d’inactivité trop important est souvent une des premières causes des comportements déviants et nous en sommes responsables. Nous pourrions ajouter qu’un enfant aura tendance à avoir le bon comportement ,s’il considère qu’il apprend ou encore, qu’il joue.
Mais dans ce cas, quand les situations sont bien construites, que l’enfant joue et progresse, alors pourquoi n’écoute-t-il pas ce que nous lui demandons? Par exemple, lorsque vous corrigez un acte moteur dans une situation de 3 contre 3.
La première piste serait la problématique de traitement de l’information dans un contexte mouvant. En d’autres termes, l’enfant n’analyserait pas correctement la situation, ne percevrait pas les éléments importants ou prendrait en compte des éléments inappropriés. Les facteurs pouvant expliqués ces problèmes perceptifs ,sont variés :
  • l’enfant ne prévoit pas l’apparition de certain fait de jeu (manque de culture ou de pratique),
  • il est centré sur lui-même, en particulier sur sa gestuelle et ne peut donc pas percevoir ce qui l’entoure (manque de technique),
  • le temps de latence entre la perception de l’élément signifiant et l’action motrice s’y rapportant ,peut aussi être une explication.A ce sujet le « voir – décider – agir » doit être dépassé au fur et à mesure de la formation pour plutôt aller vers un système binaire « voir – agir ».
Une deuxième piste permettant d’expliquer les comportements et les conduites de jeu peut se trouver au niveau des éléments affectifs et motivations relatifs à chaque enfant :
Analyser l’origine du comportement déviant

Analyser l’origine du comportement déviant

Le comportement observable est donc issu de différents éléments, dont les éléments affectifs et motivationnels qui représentent souvent une part importante dans le cadre de la perturbation, menant à des comportements déviants. L’enfant a une personnalité en construction, qui va se modeler en se « soumettant » à des normes ou en s’y opposant. Les règles de groupes, les décisions managérales, les rôles ou encore les consignes tactiques ou techniques sont autant d’éléments susceptibles d’amener un comportement perçu comme déviant pour l’éducateur. L’enfant voulant s’affirmer au sein du groupe, va par exemple, aller contre une grande partie de ce que vous lui demanderez ou seulement contre les règles, lui paraissant inappropriées par rapport à ses motivations.
Il peut aussi arriver, que vous disiez à vos enfants qu’il vaut mieux temporiser tant qu’ils sont en infériorité numérique en attaque. Un enfant malgré tout, cherche à y aller tout seul et ne vous écoute pas. Est-ce pour autant qu’il veut aller contre vous et vos consignes qui pourtant sont logiques ? Non pas forcément. Il se peut que l’enfant cherche à vous montrer qu’il est le meilleur ou à briller à vos yeux, en réussissant dans une situation que vous présentez comme difficile. La stratégie de l’enfant serait ici une affirmation identitaire. Devez-vous vous y opposer? À vous de voir : culturellement il semble illogique de ne pas attendre ses partenaires pour se retrouver à égalité numérique en attaque, mais malgré tout, n’est-il pas intéressant que l’enfant ose?
Finalement, il vous faut analyser si consciemment ou inconsciemment, une hiérarchie existe dans votre équipe : est-ce qu’un joueur a le droit de prendre ses « responsabilités » comme nous disons souvent? Si oui, il est possible que les autres agissent par mimétisme (pourquoi ne pas faire comme lui, vu que l’éducateur ne lui dit rien?) ou tout simplement cherche à avoir ce droit que nous donnons bien souvent au meilleur.
Vous l’aurez bien compris, la situation, les relations entre enfants, les conduites de groupe, celle de l’éducateur, la personnalité des enfants sont autant de variables ,pouvant expliquer l’existence de comportements déviants ou non.
Autres éléments pouvant agir sur le comportement du joueur

Autres éléments pouvant agir sur le comportement du joueur

Les conduites que vous avez en tant que manager, localisent le joueur dans le rapport aux autres, l’évaluent, limitent sa liberté d’action, le différencient des autres ou bien le fondent avec les autres. Il est probable qu’elles sont, tout aussi bien, l’occasion d’un enjeu social que d’un enjeu stratégique.
Les parents et la famille sont aussi des personnes à qui l’enfant donne de l’intérêt, et ce qu’ils lui disent, peut être à l’origine des comportements déviants. Par exemple, la simple question d’après match «  Alors tu as marqué combien de buts aujourd’hui? », amène l’enfant a donné une importance toute particulière à ce critère, si bien qu’il puisse orienter ses comportements vers cela, alors que vous cherchez à lui transmettre des valeurs plus collectives?
La troisième et dernière piste est relative aux problèmes liés à la concentration, c’est-à-dire à la capacité de focaliser son attention sur un point précis. Chaque enfant, selon son âge, aura cette capacité plus ou moins développée.
Avec la fatigue, il est important de savoir par exemple, que le niveau de concentration aura tendance à baisser et qu’il pourra conduire à une dégradation de la gestuelle.
Nous avons aussi pu remarquer, que l’enfant lorsqu’il arrive à se concentrer sur des parties de son geste, aura tendance à se focaliser uniquement sur une phase, ce qui dégradera le reste du geste. Par exemple, une simple comme consigne comme « à l’arrêt du dribble, arme la balle » pourra avoir des conséquences néfastes sur la fin du geste ou l’intention de marquer.
Même si ce n’est pas le sujet de cet article, il faut savoir que l’absence attentionnée ,libère les automatismes et permet une gestuelle dans l’action.
Vous l’aurez bien compris, trouver la raison d’une conduite déviante n’est pas une chose aisée, mais semble néanmoins nécessaire pour permettre à l’enfant de progresser. Une fois que l’origine a été découverte et que vous jugez qu’il faut agir, il est possible pour nous de se conduire de deux manières :
  • l’indifférence :
Le fait de ne pas agir peut être une forme d’action, efficace dans certaines circonstances. En effet, punir l’enfant ,peut l’encourager à continuer car ils recherchent de l’attention. Par exemple, il n’est pas rare qu’un enfant se fasse volontairement passer pour moins bon ou fasse le « clown » pour faire rire les autres enfants. Le punir ne lui fera pas comprendre que ce n’est pas un bon moyen de s’intégrer.
Mais on ne peut pas attendre que ces comportements s’arrêtent d’eux même, surtout s’ils mettent en danger un autre enfant, par exemple un enfant fait de grosses fautes pour montrer qu’il est « fort »,ou perturbent l’activité. Dans ce cas, il serait souhaitable de punir l’enfant.
  • la punition :
Utiliser inadéquatement, elle peut être néfaste, voici donc quelques conseils que nous pensons importants :
    • pour corriger des erreurs de comportements, ne punissez pas en guise de représailles,
    • être pragmatique, crier et gronder ne montre qu’une attitude revancharde,
    • suite à une règle posée qui a été enfreinte, mieux vaut prévenir avant de punir,
    • être cohérent dans l’application des punitions,
    • une fois la punition levée, ne pas faire sentir au joueur que vous êtes déçu,
    • assurez vous que la punition n’est pas perçue comme positif (exemple : être mis à l’écart peut être ce que l’enfant cherchait),
    • ne punissez jamais le joueur pour des erreurs commises pendant le jeu,
    • n’utilisez jamais de punitions physiques,
    • punissez avec parcimonie.
Quoi qu’il arrive, il faut avoir une discussion avec l’enfant puni, afin d’expliquer la punition, si jamais elle se répète. Attention, il ne s’agit pas là de justifier votre action, mais bien de faire comprendre à l’enfant qu’il n’emprunte pas le bon chemin pour progresser.