Construire un projet de formation au sein d’un continuum, sont des notions que nous avons abordées dans les articles suivants (projet et réflexion autour de la formation). Nous allons tâcher de développer avec plus de pragmatisme, notre manière de fonctionner au sein d’un dossier constitué de plusieurs articles, en nous appuyant sur des données théoriques dont découleront des propositions de mise en place sur le terrain.

LA NOTION DE SITUATION DE REFERENCE


Ce terme est issu de la terminologie utilisée dans le cadre de l’E.P.S. pour la construction de cycle d’apprentissage. Il nous semble parfaitement adaptable à la pratique du handball en club dans le cadre de la formation de l’enfant.
Elle se définit comme une situation typique de mise en activité, non finalisée par un apprentissage, confrontant l’élève à un problème fondamental (source Wikipédia)
Cette définition nous amène à penser, qu’elle est plutôt située en début de cycle, et demeure une « mise en bouche » pour les joueurs, qui leur permettra de découvrir l’activité avec un focus particulier, mais nous y reviendrons. Elle doit donc contenir différents points :
Elément constitutif d'une situation de référence

Elément constitutif d’une situation de référence

La logique du handball peut se résumer en deux points :
  • la confrontation entre deux equipes dans un même espace,
  • Une zone inviolable,
  • la cible défendue par le gardien,
  • un ballon de petite taille,
  • des possibilités de contact réglementées.

Sa finalité est de marquer plus de buts que l’adversaire : adversaires et partenaires, ont donc un but antagoniste qui va faire émerger des oppositions et des coopérations,et de ce fait, la recherche de certitude et d’incertitude, mais nous ne développerons pas plus le sujet.
L’enjeu correspond au fait que cette situation doit respecter la logique d’un gagnant et d’un perdant et induire à un système de score pour garantir une certaine charge émotionnelle propre au sport. Proposer une situation de jeu sans enjeu, serait s’éloigner des contraintes de l’activité sportive, ce qui ferait que la situation ne serait plus vraiment une référence.
Les règles fondamentales de l’activité peuvent être résumées par le fait de :,
  • le but du jeu qui est de marquer plus de buts que l’adversaire, ou en encaisser moins (mais l’important n’est pas vraiment là pour le moment),
  • la balle est manipulée à la main avec des règles relatives qu’il est important de respecter,
  • les contacts sont règlementés,
  • existence d’une surface devant le but avec laquelle le joueur ne peut pas être en contact quand il est en possession de la balle.

Finalement l’égalité des chances est un élément important à faire apparaître à notre sens. La définition de celle-ci fait bien apparaître qu’elle doit proposer un problème au joueur. Or, le problème tient beaucoup au fait de la capacité du collectif et du joueur adverse à être à la « hauteur », en d’autre terme , à ce que systématiquement il me propose quelque chose qui m’amène à produire une réponse adaptée et nouvelle, ou du moins nécessitant une réadaptation de ce que je maîtrisais déjà. Dans le cadre de l’évaluation, un rapport de force trop déséquilibré permettra de faire émerger des acquis chez le joueur dominant mais difficilement des besoins, sauf pour l’œil expert de l’éducateur. Or nous pensons qu’il est important dans un projet de formation que l’enfant puisse s’évaluer et savoir ce dont il a besoin. D’un autre côté le « dominé » pourra ne pas mettre en action ses ressources pour ne pas mettre en péril son estime de soi ou tout simplement par « hiérarchie acquise » (très présente chez les filles) : « elle est plus forte que moi, c’est normal que j’y arrive pas » donc elle n’essaie pas.

La situation de référence va donc mettre le ou les joueurs face à la nature particulière du handball, ce qui va les forcer à créer des éléments moteurs adaptés correspondant aux solutions qu’ils ont trouvées, selon la nature du jeu proposé et ses contraintes spécifiques. Nous pourrions modéliser ce qu’est censée produire une situation de référence de la manière suivante :

Effets attendus de la situation de référence

Effets attendus de la situation de référence

L’enfant va donc produire une solution au problème qu’il perçoit par rapport à ses ressources du moment, en utilisant des savoir-faire qu’il a déjà, en les modifiant pour les adapter à la situation ou encore en en créant de nouveaux.

De la situation de référence à la solution spécifique et momentanée, il existe de nombreux biais auxquels il faudra être attentif :

  • l’enfant doit percevoir le problème posé et l’analyser pour y répondre,
  • l’enfant doit chercher à proposer une solution (peut être un problème si jamais il attend que d’autres le fassent individuellement),
  • l’enfant peut ne donner qu’une solution alors qu’il en aurait d’autres par rapport à ses ressources.


Nous ajouterons qu’il semble important que le problème à poser soit de qualité pour faire émerger des comportements évaluables.

C’est donc cette réponse qu’il va nous falloir évaluer de manière objective. Pour cela, il faudra préserver la spontanéité des joueurs, c’est-à-dire éviter toutes consignes et tous feed-back visant à améliorer les comportements.Donc, nous pensons qu’il est intéressant de situer le comportement observé par rapport aux comportements attendus qu’il faudra hiérarchiser ( à ce sujet LIEN) et d’avoir des hypothèses explicatives pouvant expliquer la différence entre les deux en fonction des ressources de l’enfant.

D’une manière générale, une situation de référence devrait donc ressembler à ceci :

Ce que la situation de référence devrait être

Ce que la situation de référence devrait être

Nous sommes sur un public « enfant », la situation doit donc être ludique et globale. Elle doit être jouée, mais mettre les joueurs dans un contexte particulier et reproductible dans le temps pour permettre de vérifier les apprentissages. Nous pensons malgré tout, que vu que la situation sportive reste dépendante des joueurs qui pratiquent, des modifications sont possibles, par exemple en améliorant les comportements des défenseurs pour faire émerger de nouveaux savoir-faire en attaque par exemple, ou simplement pour rétablir l’égalité des chances (nous faisons progresser uniquement l’attaque mais pas la défense).
La situation doit être suffisamment globale pour que le joueur ait besoin d’utiliser l’ensemble de ses ressources et pas uniquement une ou deux d’entre elles.
Elle doit proposer une difficulté optimale, c’est-à-dire où le « meilleur » sera en difficulté et le « moins bon » ne trouvera pas la tâche insurmontable.

CONSTRUIRE UNE SITUATION DE RERENCE


Comme nous l’avons vu précédemment, la situation de référence doit faire émerger un problème dont découleront des besoins pour le joueur et non l’apprentissage à proprement parlé.
Elle doit être située dans le continuum de formation et de ce fait, leur succession doit respecter une certaine progression :
La progression des situations de référence

La progression des situations de référence

Pour sa construction, une réflexion autour des variables suivantes doit être menée :

  1. La cible : taille, position,
  2. L’espace de jeu : dimension du terrain et de la zone,
  3. La balle : la taille, le poids, la texture,
  4. Les effectifs : nombre de joueurs dans chaque équipe,
  5. Règlements et adaptations : sur les règles fondamentales relatives à la manipulation de balle et au contact,
  6. Le temps de jeu,
  7. Les exclusions temporaires.
Chacune d’entre elles va avoir une influence sur les ressources du joueur. Le tableau suivant vous présente des exemples d’influence possible :
Les variables et exemples d'influence

Les variables et exemples d’influence

Nous verrons plus tard comment en construire une dans le cadre spécifique du handball.

GESTION DE LA SITUATION DE REFERENCE ET EVALUATION


La situation de référence doit représenter une expérience pratique pour le joueur, qui va être construite par l’éducateur. Ce dernier va devoir, pour faire émerger des objectifs de travail respecter les étapes suivantes dans son évaluation :
  1. observer les conduites récurrentes de chaque joueur (ou conduites « typiques ») en fonction de son rôle,
  2. les comparer aux comportements attendus en fonction des règles d’action clairement décrites en fonction des rôles,
  3. émettre des hypothèses quant au constat réalisé selon les ressources des joueurs.

Ceci amènera l’éducateur à faire des propositions de situations visant à faire évoluer le joueur  :
  • Substituer une ressource par une autre plus adaptée,
  • Transformer une ressource existante pour la rendre efficace dans le contexte de la situation,
  • Renforcer une ressource déjà présente pour la rendre plus efficiente,
  • etc.

Il s’agira donc de construire sur l’existant.

Voici une proposition de grilles d’évaluation vierges pour une situation de référence :
A l’issu de cette évaluation, l’enfant devra savoir ce qu’il fait, les axes de travail envisagés et ce qui sera attendu. Son activité sera donc orientée vers un ou des buts au sein d’un projet partagé.