Nous allons vous proposer à travers cet article, quelque peu expérimental, une modélisation du cheminement qu’un éducateur pourrait avoir pour amener un enfant vers l’expertise. Ce dernier objectif est pour nous, ce qui doit mener chaque projet de formation en permettant à chaque enfant de progresser, et avec le temps améliorera sans aucun doute le taux de fidélisation.

LA PÉRIODE PRÉPARATOIRE À L’EXPERTISE

Dans un premier temps, nous allons nous intéresser à la prise en charge de l’enfant pour l’amener vers l’expertise.  Comme nous vous le précisions dans un article précédent, atteindre l’expertise nécessite une période préparatoire de 10 ans au moins. Ce qui va nous amener à une première série de thématiques qu’il faudra maîtriser pour espérer permettre à l’enfant d’atteindre l’expertise :
10 ans de pratique, des thématiques à maîtriser

10 ans de pratique, des thématiques à maîtriser

La prévention des blessures chez les enfants est une thématique centrale qui fera l’objet d’un article dans les prochaines publications. Il faut bien faire la différence d’ores et déjà entre les maladies de croissance (Sever, Osgood-Schlatter…) et les blessures à proprement parler, comme les entorses par exemple, qui peuvent toucher très (trop) tôt les enfants et les éloigner des terrains. Ceci a souvent des influences sur la progression de l’enfant, mais aussi son sentiment d’appartenance au groupe (les autres progressent sans lui) ou encore sur sa propre image.
Le rôle de l’encadrement et ses choix doit faire l’objet d’une réflexion de fond et ne peut être traité dans un article, car il doit tenir compte :
  • du bassin de population et de sa culture sportive,
  • du club et de sa culture,
  • des encadrants et leur culture.
Nous pensons, quitte à choquer, que les enfants et les parents peuvent entendre à peu près toutes les versions que le club pourra leur donner à condition qu’il n’y ait pas de changements en cours de saison. Par exemple, il peut exister deux manières d’appréhender un club formateur :
  1. vouloir former de la masse, en privilégiant un temps de jeu conséquent et équilibré pour chacun des joueurs présents dans les équipes d’enfant,
  2. vouloir former les joueurs selon leur potentiel, c’est-à-dire en privilégiant ce qui semble avoir le plus de chances de devenir des joueurs de bon niveau, dans ce cas, ces derniers joueront plus, voire beaucoup plus que les autres.
Sans trop rentrer dans les détails, la fidélisation est une démarche assez complexe et faisant intervenir un grand nombre d’éléments. Il en existe trois qui demeurent fondamentaux :
Les trois points fondamentaux pour fidéliser

Les trois points fondamentaux pour fidéliser

  • le plaisir de pratique : de manière générale, les enfants doivent dans le temps aimer l’activité. Nous disons dans le temps, car  ils peuvent très bien venir du fait que leurs amis sont présents, ce qui se voit en particulier chez les filles. D’après notre expérience, il apparaît que ceux et celles qui pratiquent longtemps l’activité, viennent aussi bien pour l’aspect collectif (être avec des amis) que l’activité en elle-même. Nous ajouterons que le plaisir de pratique devient très difficilement dissociable de la réussite en match, qu’elle soit individuelle ou collective,
 
  • le sentiment de progresser : voici certainement le point fondamental, il est impératif que l’enfant à presque chaque séance ait eu l’impression d’apprendre quelque chose. Ceci doit aussi se vérifier en match, c’est-à-dire qu’il réussisse à transférer ce qu’il a vu lors des séances en match, voir qu’il crée des savoir-faire,
 
  • l’amélioration de la confiance en soi : le point précédent participe à ce dernier, mais l’encadrant aura un rôle important à ce sujet, grâce à ces retours positifs. Attention nous ne disons pas de faire des retours positifs aux enfants quoiqu’il arrive, mais bien de leur permettre de s’évaluer à leur juste valeur. D’autre part, il nous semble très néfaste pour les enfants de créer une quelconque hiérarchie .En effet si les enfants en haut de celle-ci auront une forte confiance en eux, ceux du bas seront en quelque sorte sacrifiés.

UNE VISION DE L’EXPERT

L’expert, comme nous l’évoquions dans des articles précédents, est un individu ayant une « hyper adaptation » à la tâche. En d’autres termes, ce joueur va gérer au mieux par rapport à ce qu’il est (ses ressources) les trois paramètres importants du handball qui sont :
 
  1. le temps : il représente la durée disponible pour prendre en compte l’évolution de la situation ainsi que pour agir (voir/anticiper et agir),
  2. l’incertitude : il va falloir la gérer car l’environnement au handball est changeant de par la présence de ses partenaires et de ses adversaires, le joueur devra donc identifier les évènements qui se produiront probablement,
  3. le contrôle : il s’agira de gérer, voir de contrôler les deux points précédents, mais aussi le risque afin d’être le plus efficient possible.
Si nous nous basons sur les ressources, voici une manière très globale de les appréhender pour amener les enfants vers l’expertise :
Vision globale des ressources de l'expert

Vision globale des ressources de l’expert

Cette vision très sommaire, a malgré tout le mérite de donner des grands axes pour un projet de développement de l’enfant vers l’expertise. Il nous semble malgré tout, que cette vision ne doit pas être trop développée pour qu’elle reste susceptible de s’adapter à chaque enfant.

PÉDAGOGIE DE L’EXPERTISE

Pour finir, nous pensons qu’il est indispensable de se livrer à une réflexion de fond, sur la pédagogie à adapter pour permettre à l’enfant de tendre vers l’expertise. Nous vous livrons les grands axes de la notre, qui méritera certainement quelques adaptations :
  • Un apprentissage progressif :
 
Les choix d’apprentissage doivent être adaptés à l’enfant, qui doit rester au centre des préoccupations, mais aussi aux formes de jeu qu’il va rencontrer, pour qu’il puisse « réussir ». Un premier problème apparaît alors : dans certains comités, cette problématique est favorisée par la mise en place de règlement ou de formes de jeu préconisées ce qui est facilitant pour ce travail, tandis que dans d’autres les clubs fonctionnent comme ils le souhaitent. Dans ce cas, la tâche s’avère plus complexe, car il faudra faire travailler aux enfants des savoir-faire qui peuvent s’adapter aussi bien sur grand espace que sur petit espace, voire sur défense étagée ou aplatie. En d’autres termes, les enfants devront mettre du sens à chaque situation afin que leurs apprentissages puissent être transférés dans n’importe quelle situation.
Il vous faudra aussi jouer sur la notion de décalage optimal, c’est-à-dire, que dans le cadre des apprentissages, ce que vous proposerez ,devra être juste plus compliqué que ce que l’enfant maîtrise,afin que celui-ci fasse un « effort »  pour l’apprendre mais sans être  impossible.
Par conséquent, une association fonctionnelle devra être faite entre perception / intention et l’action d’une part, mais aussi entre ce qu’est l’enfant et ce qu’il va vivre sur les parquets à un moment donné.
 
  • Le niveau et le type d’entraînement :
Il vous faudra ensuite adapter ce que vous faites à l’évolution des enfants. Dans un premier temps par exemple, mieux vaudra une démarche ludique permettant une initiation presque sans contraintes à l’activité. Par la suite, le type de séance proposé ainsi que le niveau requis pour répondre aux situations, pourra évoluer.
  • La notion de travail et d’exigence :
Le terme de travail peut paraitre péjoratif alors que nous formons des enfants pour jouer, mais nous pensons que dans certains cas cela en devient pour eux. Par exemple, quand vous proposez une situation, aussi ludique soit elle , elle plaira à une majorité d’enfants et pas du tout à d’autres .Ne vous leurrez pas. Nous pouvons dire que cela devient alors une forme de travail. L’autre cas est le moment où vous commencez à augmenter le niveau d’exigence, et que vous commencez à lier le sérieux à l’entraînement, les progrès individuels et la réussite en match.  Cette forme de travail doit rester plaisante mais elle en demeure malgré tout une, dans le sens où des efforts vont être nécessaires ainsi que le respect d’un cadre et de règles, pour être productif.
  • La notion d’adaptation :
Votre manière d’être et de faire devra permettre à l’enfant d’oser s’adapter aux situations, et surtout aux problèmes qu’il rencontrera. Par exemple si vous êtes trop dirigiste, ou si votre manière d’être le suggère, vos enfants n’oseront pas proposer des réponses sortant du cadre. Nous avons une règle à ce sujet : seules les règles et le désir de victoire doivent être immuables. En d’autres termes, tous les enfants sont soumis aux mêmes règles, et quand ils jouent ou s’entraînent ,ils le font pour gagner le match. Bien sûr il leur faudra comprendre qu’ils ont le droit de perdre contre meilleurs qu’eux. Il ne faudra pas non plus que la victoire soit recherchée à tout prix, par exemple au détriment de la formation ou des règles. Quand vous avez fixé par exemple des règles de vie et de groupe, elles ne doivent pas voler en éclat sous prétexte que vous jouez une finale ou la première place de la poule par exemple.
  • La notion d’expérience et de culture :
Ces notions sont bien souvent oubliées mais sont d’une importance majeure. Plus l’enfant pratiquera (dans la mesure du raisonnable) et plus il développera son expérience : il saura quoi regarder pour agir par exemple. La culture s’acquière avec les « à-côté », c’est-à-dire en voyant des matchs de haut-niveau à la télévision ou sur internet, en côtoyant d’autres handballeurs. Pour nous, il est important de permettre aux enfants de vivre des moments susceptibles de la développer.
Pour aller plus loin sur l’expertise, vous pouvez aussi consulter, le dossier vidéo sur le sujet ici.