Une conviction sur l’apprentissage

Définition de « apprendre » : verbe transitif ; latin apprehendere (saisir, prendre) ;
1. Acquérir par l’étude, par la pratique, par l’expérience une connaissance, un savoir-faire, quelque chose d’utile.
(…)
3. Enseigner à quelqu’un quelque chose, lui faire acquérir une connaissance, un savoir-faire, une expérience

(…)
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La notion d’apprentissage est souvent perçue par l’enseignant comme un don fait à l’enseigné. Il s’agit d’instruire, de donner la réponse au pratiquant à une situation. Et cette compilation de savoir-faire et savoir-être vont permettre à l’individu d’agir comme il se doit.

Beaucoup de formateurs ont l’ambition de faire acquérir aux pratiquants / élèves de nouveaux savoir. Les plus déterminés usent de stratégies pour parvenir à leur fin. Les plus résignés affirment parfois : « Ils n’écoutent pas les consignent ! ».

Ma conviction, aujourd’hui, est que cette perception n’est pas satisfaisante. Et s’il est possible de « conditionner » un individu, ce n’est en rien un apprentissage.

Lorsqu’on se retrouve en situation de former des jeunes (ou des moins jeunes), il est intéressant de se pencher sur la racine latine de l’apprentissage : « Apprehendere » soit « saisir » ou encore « prendre ».

Il semble évident que c’est l’apprenant qui doit « saisir » le savoir. Cette démarche émane de l’individu, par le biais de processus physiologique et cognitif. Il est question de permettre à l’individu d’inventer une réponse nouvelle (pour lui) à une situation.

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Ce n’est pas le formateur qui insère un nouveau savoir-faire comme on installe un logiciel dans le disque dur de notre ordinateur.

C’est l’individu, seul, qui fait face à la situation. Et il y a parfois plusieurs réponses possibles à une situation. Il doit donc choisir de prendre, de s’approprier ou non l’apprentissage visé. Il est tout à fait envisageable qu’il invente une réponse, ou réinvente une réponse si elle est déjà connue. Voyez le regard de l’enfant de 7 ans qui pense avoir fait une grande découverte lorsqu’il comprend quelque chose…

En partant de ce postulat, l’enseignant se voit attribué un rôle tout autre. Il doit être capable de distinguer les comportements attendus des comportements observés. Le comportement observé n’est pas automatiquement faux. Pourquoi ne pas envisager que la réponse observée soit plus efficiente que l’attendu ? Pourquoi compter de 1 à 10 si on est capable de compter 2 par 2 ? Pourquoi ne pas gagner du temps ? « L’attendu » étant subjectif, « l’observé » étant l’expression des ressources engagées par l’individu.

Pour illustrer ce propos, prenons la métaphore du banquet.

Le formateur sera l’hôte de ce festin, et l’élève sera un invité. Comme tout hôte, il est important de faire bon accueil. La table peut prendre diverses formes, la quantité et la qualité de nourriture peut varier ainsi que celui qui la prépare (le formateur, l’élève ou un intervenant extérieur). Et surtout, ce qui sera ingéré dépendra de l’appétit et des possibilités du moment.

Ce que la métaphore illustre c’est qu’il y a plusieurs façons d’envisager l’apprentissage. Il est d’ailleurs probable que si le formateur a l’appétit d’apprendre, il pourra s’assoir à la table qu’il aura lui-même dressée.

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La conviction que nous souhaitons partager est donc la suivante :

  • Nous n’apprenons pas quelque chose à quelqu’un, nous créons les conditions pour qu’il l’apprenne. Le seul DIRECTEMENT responsable d’un apprentissage c’est l’apprenant.
  • C’est la capacité d’adaptation qui permet à l’homme d’apprendre. C’est donc l’utilité de créer une nouvelle réponse qui va générer l’apprentissage.

On recherche donc quelque part l’innovation, la création de la part de notre apprenant et non la reproduction mimétique.

  • Nous sommes perpétuellement en situation d’apprentissage. C’est notre condition physiologique / cognitive qui va nous permettre de créer ou non une nouvelle réponse.

La performance du formateur c’est donc, sur ce postulat, de maîtriser de la relation entraîneur / entraîné / activité pour créer les conditions de l’apprentissage. 

 

La relation entraîneur / entraîné / activité

Il arrive que les entraîneurs expliquent le comportement de leurs joueurs de la manières suivants :

  • « Il a bien écouté la consigne, il a fait comme je lui ai demandé »
  • « Je lui ai appris à faire ceci, cela »
  • « Il ne veut pas faire ce que je lui demande »

Souvent, dans son esprit, il envisage le processus suivant :

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La conviction que je défends, c’est que la relation est bien plus complexe. En effet, la perception d’une personne face à une chose peut être différente pour une autre personne (le verre à moitié plein / à moitié vide).

Par conséquent, notre partie est de sortir du schéma classique et envisager le paradigme suivant sur les relations :

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Cette perception stipule d’une part que l’activité de l’entraîneur et différentes de celle de l’entraîné. D’autres part que l’entraîneur et l’entraîné sont en interaction. La question qui se pose est donc la suivante : Comment intervenir pour transformer l’activité du pratiquant ?

En effet, notre activité « d’enseignant » vise à agir sur l’activité du pratiquant. Cette activité même qui va avoir un impact sur le pratiquant en tant que personne. Certains éducateurs diraient que l’activité n’est pas leur préoccupation première, mais seulement un prétexte pour former des « Hommes ».
Toujours est-il que la question reste : Comment intervenir pour transformer « l’homme » ?

L’idée, et une partie de la réponse se retrouve dans ce postulat :

  • L’homme, comme tout être vivant, s’adapte à l’environnement (théorie évolutionniste). L’environnement est une notion complexe : professionnel ou scolaire, familiale, économique, météorologique, technologique etc.
    cf définition Larousse : (…) 2. Ensemble des éléments (biotiques ou abiotiques) qui entourent un individu ou une espèce et dont certains contribuent directement à subvenir à ses besoins(…).

Identifier les différents facteurs et chercher à interagir avec cet environnement doit être une préoccupation importante de l’entraîneur.

  • L’entraîneur / formateur entretient une relation avec l’apprenant. Cette interaction sociale, normée ou non, génère un climat qui va influer sur les deux protagonistes.
  • L’activité se pratique dans un contexte « paramétrable ». L’éducateur / formateur a la possibilité d’interagir avec ces paramètres.

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Les conditions favorisant l’apprentissage

L’idée que nous développons est donc que notre posture d’enseignant / éducateur / formateur s’insère dans un processus complexe faites d’interaction.

Chaque interaction va impacter sur l’environnement dont l’activité et la relation entre les individus. Le souci est donc d’identifier ce qui va permettre ou non un individu d’aller vers les comportements attendus.

Notre grille de lecture s’oriente vers 2 axes :

  • Axe physique / physiologique : qu’il s’agisse d’une capacité ou d’un besoin, il est important de prendre en compte le contexte.
    Les capacités physiques / physiologique sont différentes d’un individu à l’autre, d’un moment à un autre. Il est important d’identifier et de comprendre les mécanismes.
    Il semble évident qu’un individu en forme et en bonne condition athlétique sera plus propice à développer un apprentissage nécessitant un engagement énergétique et physique. De même qu’une personne en situation de handicap physique ne pourra pas réaliser certains attendus.

D’autre part, il faut également prendre en compte les besoins physiologiques. La faim par exemple va générer des comportements. L’individu aura tendance à être plus économe dans la dépense énergétique, sauf si son action va lui permettre de rassasier son besoin.
A ce titre, il faut prendre en compte les besoins primaires (faim/soif/sommeil/etc.) des besoins dits secondaires (addiction/croyance) d’un individu.

  • Axe psychologique / affectif : Souvent mis au second plan, il est important de prendre en compte les capacités et besoins d’ordre intime et relationnel.

En effet, nous sommes tous animés de manière consciente et inconsciente par des émotions. Il est démontré que chaque émotion est caractérisée par des réactions physiologiques, comportementales et subjectives.

Il faut donc prendre en compte les capacités et besoins d’ordre affectif pour créer un climat propice à développer un apprentissage.

Une émotion forte (peur / joie / tristesse / colère / etc.) va générer des comportements ou des blocages face à une situation. Nul besoin d’exemple, car nous connaissons tous ces sensations. On parle ici de stress.

Un besoin, une recherche d’émotion va également conditionner notre aptitude à vivre ou non une situation. La recherche de reconnaissance, de sensation forte, d’affiliation ou de réalisation personnelle par exemple. Il s’agit de tout ce qui est de l’ordre de la motivation.

Pour caricaturer nos propos, on peut avoir une vision qui illustre la contingence de ces axes :

 

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Il me semble donc que deux prérequis s’imposent dans mon activité d’entraîneur-formateur, tout autant sinon plus importante que ma maîtrise de l’activité.
Le premier étant d’avoir un socle de connaissance et un souci de recherche permanent dans la dimension bio-affective et biophysique.Le second est le souci permanent de connaissance et de compréhension de l’entraîné-apprenant. Sa singularité impose une démarche singulière.

De cette vision, apparaît également des questionnements pour guider notre conduite d’entraîneur :

  • Comment la relation entraîneur – entraîné peut se concevoir ? Quels attendus pour l’entraîneur ? Quel projet de formation de cadre ?
  • Quels sont les paramètres qui caractérisent notre activité (handball) et en quoi elles influent sur le comportement du joueur ?
    Comment l’entraîneur-formateur peut-il agir dans les différents moments ? Pendant l’entraînement ? En compétition ?
  • Peut-on définir l’environnement du pratiquant ? Et comment pouvons-nous interagir avec en tant qu’entraîneur ?

Si je ne dispose pas de certitude, ma conviction va aujourd’hui dans la recherche de réponses à ces questions.

 

Quelques références, parmi beaucoup d’autres, sur cette thématique :

J.Piaget : – Le comportement, moteur de l’évolution

                – De la pédagogie

F.Bigrel : – La conception de l’acte d’entraîner

F.Bigrel et C.Fauquet : article blog
https://pingcentre.files.wordpress.com/2010/02/performance-bigrel.pdf

D.Pennac : – Chagrin d’école