AVANT-PROPOS
Les définitions du duel que nous pouvons trouver sur internet, font référence aux temps anciens, mais rarement à ce que nous pouvons observer dans le cadre du sport. Le site « l’internaute » (http://www.linternaute.com/dictionnaire/fr/definition/duel/), par exemple le décrit comme « un combat entre deux adversaires et devant témoins pour la réparation d’une offense ». Cette définition fait ressortir plusieurs aspects que nous retrouvons dans notre sport, lors du tir au but. La notion de « combat », qui dans notre cas se fait à distance à l’aide d’une balle,laquelle doit traverser une ligne et  arriver dans une cible verticale rectangulaire. Dans ce cadre, chacun va devoir utiliser son ou ses « armes », qui pour nous, s’apparenterait à des savoir-faire, mais aussi utiliserait les faiblesses de l’adversaire, pour élaborer une stratégie. Cette partie de définition fait donc apparaître quelques notions importantes du duel dans notre sport, qui sont l’aspect technique, mais aussi celui perceptif et tactique, mais nous y reviendrons. La « réparation d’une offense » pourrait être dans une vision romanesque du sport, le fait de vouloir laver l’affront du but marqué par l’autre équipe en en marquant un à son tour.Mais cela nous semble éluder l’aspect défensif, ce qui ne nous convient que très peu. Malgré tout, il n’est pas rare en seniors de voir un tireur « venger » son gardien en reproduisant un geste technique, qu’il venait de subir sur le gardien adverse. Le « fait de le faire devant témoin » peut être retrouvé dans le cadre sportif, en effet le tir au but se produit devant les participants aux matchs, mais aussi les supporters ou encore les parents. Cette notion est très importante et doit être prise en compte, surtout chez l’enfant pour qui le moment du tir est chargé en émotion. Pour lui, marquer est tout ce qui compte dans un match, certainement parce que la première question que son entourage lui pose est « as-tu marqué? » ou encore « tu as mis combien de buts? ». Celui qui marque le plus ,est souvent vu comme étant le meilleur joueur, par rapport à celui qui ferait le plus de passes décisives, qui intercepterait ou encore mieux qui arrêterait la plupart.
Le duel dans le cadre du sport, revêt donc différents aspects  :
  • perceptif,
  • technique,
  • physique,
  • mental.
Ils sont liés les uns aux autres et représentent des pistes de travail, à prendre en compte, quand nous voulons former l’enfant au duel tireur-gardien. Par exemple, une mauvaise perception de ce que fait le gardien, pourra amener l’utilisation d’un savoir-faire inadapté. Les qualités physiques permettront de sauter haut et de ce fait ,de prendre des repères sur le gardien plus longtemps, mais seront elles aussi influencées par une bonne technique, notamment la qualité d’impulsion. Vous l’aurez bien compris, il vous faudra pour comprendre les problématiques relatives au duel tireur-gardien chez l’enfant au handball, rechercher des manques ou du moins des problématiques inhérents à ces quatre aspects.
Dans notre analyse et nos propositions de situations, nous nous bornerons aux enfants, c’est-à-dire les joueurs de l’école de handball à la catégorie moins de 11. Néanmoins, nous tenons à rappeler que pour nous, l’âge n’est pas réellement important dans le cadre de l’acquisition des savoir-faire, quels qu’ils soient. En effet, l’important est de proposer des contenus ayant du sens par rapport aux problématiques qu’ils rencontrent lors des matchs, mais aussi de leurs évolutions.

LE DUEL TIREUR-GARDIEN – L’ASPECT TECHNIQUE
PROPOS INTRODUCTIFS
L’objectif du tir est d’imprimer à la balle une vitesse importante, afin que cette dernière traverse la zone de protection du gardien et aille dans les filets. Nous nous baserons uniquement sur cette intention, qui pour nous est la plus intéressante dans le cadre de la formation de l’enfant. Car elle est porteuse d’un geste relativement juste sur le plan biomécanique et nous partons du principe que partir d’un geste nécessitant la plus grande amplitude possible ,ne nécessitera que de petites modifications par la suite pour s’adapter au contexte.
Les tirs, visant à contourner le gardien de but par exemple, n’apparaîtront que plus tard dans la formation du joueur et seront basés sur un geste juste pour faire planer de l’incertitude. D’autre part, il est très important d’avoir conscience que l’enfant lorsqu’il lance, aime tirer le plus fort possible. Cette loi est de suite valable pour les garçons, et apparaîtra avec le temps chez les filles. Même si nous choisissons de ne pas développer les autres intentions de tirs dans notre analyse, il nous paraît malgré tout ,important de signaler que ces tirs ne doivent pas être empêchés.
Il faut bien faire attention à ne pas bannir des comportements que nous souhaiterions voir émerger par la suite. Les limites mises chez l’enfant sont souvent dures à supprimer , ou nécessitent du temps.
Étudier le tir, même sous une optique strictement technique, ne peut pas être fait sans se soucier de ce qui se passe avant. En effet, le tir est le point final d’une série d’actions motrices, plus ou moins grandes, qui revêt une importance considérable, surtout chez l’enfant. Avant de devenir un potentiel tireur, celui-ci devra donc réceptionner la balle : sur une passe par exemple, en l’interceptant ou en la ramassant. Cette action pouvant paraître anodine risque d’influencer le résultat du tir. Par exemple, un enfant qui récupère une balle qui roule au sol, risque de ne pas avoir le même équilibre qu’un enfant qui réceptionne une passe dans les mains. Ce déséquilibre pourra se répercuter sur la qualité de l’impulsion, qui elle même agira sur le temps disponible au tir entre autre, qui pourra amener à l’échec.
Pour résumé, le tir est l’action finale d’une série d’actions motrices, dont il faudra tenir compte dans le cadre de la formation :
  • la réception,
  • des éléments techniques précédents le tir : dribble, appuis sans pression défensive, appuis pour éviter un défenseur (duel), saut,
  • les actions relatives au lancer de la balle,
  • la réception (si le tir a été effectué en suspension).
Tous ces éléments vont être influencés par l’individu, lui même, à travers ses ressources du moment :
Les ressources individuelles

Les ressources individuelles

Ces ressources donneront au geste une « identité » personnelle, chaque enfant ayant des possibilités différentes. Elles sont aussi en évolution dans le temps ,de par la maturation et la croissance, mais aussi par l’acquisition d’expérience et de culture, tout comme l’apprentissage et le développement par l’entraînement de nouvelles qualités et de savoir-faire. De ce fait, enfants et adultes sont autant des ressources différentes.Ainsi il paraîtrait logique de ne pas calquer le tir des adultes sur les enfants. Malgré tout, l’observation des techniques de tir de l’expert permettra de faire émerger des fondamentaux.
L’environnement et le contexte lors de l’exécution seront aussi des éléments susceptibles de l’influencer. La présence d’un défenseur pourra par exemple empêcher un armer complet, tout comme la localisation du tireur qui induira une trajectoire de bras plutôt qu’une autre.
Ces données seront nécessaires à prendre en compte dans la formation de l’enfant au tir, voici le modèle d’étude que nous avons choisi :
Modèle d’étude du tir

Modèle d’étude du tir

Nous étudierons chacun de ces éléments selon différents éclairages, une fois les avoir éclaircis :
  • selon les contraintes règlementaires et sociales : le règlement de l’activité est le premier créateur des savoir-faire et fait émerger les comportements de joueurs qui vont s’y adapter, le connaître est donc une nécessité pour l’éducateur, ainsi que les enfants ; les contraintes sociales sont quant à elles, exercer par l’environnement autour de l’enfant et peuvent être caractérisées par ses partenaires et adversaires, mais aussi ses parents,
  • selon les problèmes fondamentaux : chaque élément va poser des problèmes aux joueurs, quelque soit son niveau et le moment où il pratique ; d’autres problèmes plus spécifiques, en parallèle de ces derniers pourront s’ajouter,
  • les comportements observés chez le débutant : paradoxalement, car chaque enfant est différent, il existe des comportements que nous pouvons observer chez une majorité de débutants,
  • les fondamentaux que nous pouvons déduire de la pratique de l’expert : les experts sont les joueurs adultes qui trouvent une « hyper adaptation » à la tâche par rapport à ce qu’ils sont, en d’autres termes, ceux qui perçoivent le contexte et qui utilisent leur savoir-faire avec le plus d’efficience possible.
Finalement, nous tâcherons de proposer une série d’exercices et de situations pour permettre à l’enfant de progresser.

LA RÉCEPTION

La réception de balle marque le fait pour le joueur de recevoir la balle. Ceci peut se faire de différentes manières : à partir de la réception d’une passe, en attrapant la balle que personne n’avait (après la parade d’un gardien) ou encore en la récupérant sur le dribble d’un adversaire.
Chez l’enfant, la réception de la balle est souvent un moment riche en émotions, puisqu’il va recevoir l’élément qu’il convoite tant, la balle.
Au handball, pour les joueurs de champ, la réception est donc le fait d’attraper la balle à une ou à deux mains, en vue de devenir porteur de balle et d’agir sur elle par la suite (dribbler, la tenir pendant des appuis ou lancer).

CONTRAINTES RÈGLEMENTAIRES ET SOCIALES
Il n’existe pas de règlement, à proprement parlé pour la réception. Malgré tout, il parait intéressant de rappeler la règle du dribble en l’air, qui peut être dû à une mauvaise réception.
Il est interdit de :
7:7 Toucher le ballon plusieurs fois de suite, à moins qu’il n’ait touché entre-temps le sol, un autre joueur ou le but (13:1a).
Malgré tout, nous pensons que la contrainte fondamentale en terme de règlement est celle de la taille de la balle :
3.2 Les dimensions du ballon, c’est-à-dire la circonférence et le poids, sont les suivantes pour les différentes catégories d’équipe :
– 50 à 52 cm et 290 à 330 g (Dimension IHF 1) pour les équipes juniors féminines (8 à 14 ans) et juniors masculines (8 à 12 ans).
En effet, les enfants ont tendance à ne pas positionner leur main pour réceptionner un ballon, qui est de petite taille.
La contrainte sociale est pour nous prédominante pour ce savoir-faire, en effet l’enfant qui passe la balle, confie son bien le plus précieux à un autre : regardez le visage du passeur quand la balle n’est pas réceptionnée correctement, il en dit long. Ces derniers ont même  tendance à oublier que leur passe n’aidait pas la réception. A cette pression, nous pouvons ajouter le fait que l’enfant va faire ressortir toute son envie de réceptionner la balle sur son geste, qui sera bien souvent explosif,  ou encore qu’il l’enveloppera avec toute la partie supérieure de son corps, tel un bien très précieux.

PROBLÈMES FONDAMENTAUX : CONTRAINTES ET EXIGENCES
Nous pouvons faire émerger 3 axes relatifs aux problèmes pouvant être rencontrés à la réception chez l’enfant :
  • l’estimation de la trajectoire de balle :
Elle consiste à évaluer l’endroit où va arriver la balle pour l’attraper. En terme plus barbare, cette tâche est caractéristique d’une action dite d’anticipation-coïncidence, c’est à dire que le joueur va devoir s’organiser pour entrer en contact avec la balle qui est en déplacement,puis pour la réceptionner.
Tout le problème, dans notre activité est que la balle est lancée par un individu à un autre, et ce dernier progressivement va devoir apprendre à l’attraper en courant.
Le réceptionneur va donc devoir prendre des informations pour savoir à quel moment le lanceur va lui envoyer la balle, mais aussi des indices sur la probable trajectoire de la balle.
  • la planification du mouvement de réception :
Le délai très court entre le moment du lancer et l’arrivée de la balle, ainsi que le besoin de précision, nécessite d’anticiper le mouvement de réception. Les éducateurs parlent souvent de signal pour faire la passe : « montre tes mains pour demander la balle », cela serait donc plutôt l’inverse qu’il faudrait entendre « prépare tes mains pour recevoir la balle ». Quoi qu’il en soit, il est important, surtout chez les enfants, de placer ses mains de manière à attraper la balle suffisamment tôt, afin de ne pas manquer cette action.
  • la coordination entre ce qui est vu et le geste, les ajustements :
Le geste ainsi planifié, va être modifié, si besoin, par le biais de la perception de l’objet sur l’instant. C’est-à-dire que l’enfant devra au final, placer ses mains pour couper la trajectoire de la balle.
Ce cadre, qui reste très théorique est résumé par le schéma suivant, celui-ci étant accompagné d’un exemple permettant une meilleure compréhension :
Cadre théorique de l'analyse de la réception

Cadre théorique de l’analyse de la réception

Pour rester dans la logique de l’activité, nous ajouterons :
  • attraper sa balle en mouvement :
Toute la problématique du handball vient du fait qu’il faudra réussir à réceptionner la balle, le plus souvent en mouvement, surtout chez les enfants qui évoluent plutôt en grand espace. Il s’agira donc de dissocier le haut du corps, du bas du corps.
  • tenir compte du contexte, notamment de ce qu’il se passe devant moi.
Le contexte mouvant amènera aussi un autre problème : celui de l’enchaînement de tâches que devra réaliser le porteur de balle. La réception est la première action que réalise le porteur de balle, elle devra permettre une succession de gestes rapides en rapport avec ce qui se passera entre le joueur ayant la balle, et le but.

LES FONDAMENTAUX QUE NOUS POUVONS DÉDUIRE DE LA PRATIQUE DE L’EXPERT :
 
Les experts attaquent rarement la balle, comme nous pouvons l’entendre bien souvent chez les éducateurs d’enfants. Ils se contentent d’opposer la ou leurs mains à la trajectoire de balle. La balle en heurtant la paume de main dans le cadre d’une réception à une main, ou les pouces pour une à deux mains, amènerait la fermeture des doigts sur celle-ci. Ce principe éviterait les balles déviées ou tapées par les enfants lorsqu’ils veulent attraper la balle qui est lancée. A cet observation, nous ajouterons le fait que les doigts doivent  être écartés, mais en gardant un certain relâchement.
Les balles à réceptionner sont la plupart du temps, issues de passes tendues, ce qui amène le réceptionneur à faire des ajustements uniquement dans un plan comme le montre le schéma suivant :
Ajustements à réaliser selon les trajectoires

Ajustements à réaliser selon les trajectoires

Nous avons aussi pu remarquer qu’en garçons et chez les meilleures nations féminines, les balles sont attrapées à une main afin d’augmenter la vitesse de l’enchaînement de tâche suivant la réception. Même si ce point ne nous semble pas fondamental pour la formation, nous tenions à vous le faire remarquer, car bien souvent les attraper à une main est banni, alors que c’est un comportement très intéressant qu’il faudrait encourager. Nous ajouterons que les meilleurs prennent des informations alors qu’ils n’ont pas encore reçu la balle : la ou les mains sont placées sur la trajectoire de celle-ci rapidement, puis la prise d’information est réalisée sur l’état du couloir de jeu ,direct vers le but ou d’éventuels mouvements de partenaires.

COMPORTEMENTS OBSERVES
  • Chez le débutant :
  1. le corps en entier attrape,
  2. l’écart entre les mains est trop important par rapport à la taille du ballon,
  3. recherche de contact avec touche pour ralentir la balle,
  4. pas d’attrapé (départ directement sans attraper la balle),
  5. temps de réflexion, avec balle laissée à l’endroit de la réception,
  6. attrapé avec doigts serrés,
  7. position des mains adaptée à la trajectoire de la balle,
  8. mettre ses mains trop tôt en haut (nuit à la vitesse de course et donc au démarquage),
  9. problématique du lancer qui n’aide pas,
  10. la prise d’informations ne se fait qu’une fois la réception faite.

 


CONNAISSANCE TECHNIQUES ESSENTIELLES POUR L’ENFANT
Nous vous proposons ainsi des éléments techniques qui nous semblent importants de faire acquérir aux enfants, ainsi que des phrases repères relatives, que vous serez peut être amenés à changer :
  • Systématiser la réception favorisant un enchaînement moteur de qualité = « je dois attraper la balle à une ou deux mains »,
  • Anticiper la réception en plaçant sa ou ses mains pour recevoir = « je demande la balle avec une ou deux mains, là je la veux »,
  • Ajuster leur placement selon la trajectoire de balle de manière à les opposer à celle-ci sans agir sur la balle = « mes mains s’opposent à la trajectoire de balle »,
  • Dans le cadre d’une réception à deux mains, les pouces doivent presque se toucher, afin qu’au moment où la balle touche les mains elles se referment presque automatiquement = « Quand la balle touche mes pouces, mes mains se ferment »,
  • Enchaîner rapidement avec un armer, le plus souvent, chez l’enfant = « J’arme la balle dès que je l’ai ».