Dans cette deuxième partie, nous vous proposons d’étudier l’armer. Nous vous proposerons ici deux articles. Celui-ci où il vous sera présenté, une partie de la thèse que nous avons réalisé sur le sujet, il y a de ça 4 ans mais qui est toujours d’actualité quand à la théorie. Un second où nous tâcherons d’étudier l’armer en particulier chez l’enfant, et où nous reviendrons sur une perception plus de terrain de cette action qui est pour nous fondamentale.

CONCEPTION D’UN MODÈLE D’ÉTUDE

L’ensemble des études sont faites sans défenseur, certainement de part la difficulté de mise en place de protocoles reproductibles et d’exploitation des analyses hors dans le cadre d’une activité comme le handball, le « geste naît de l’action de jeu, elle-même dépendant de la situation de jeu ». Ces études décrivent une gestuelle idéale d’un point de vue biomécanique, mais qui ne semble être possible que dans certaines situations particulières très loin du handball moderne où le temps et les espaces pour réaliser un geste sont de plus en plus réduits.
K.M. Newell repris par R. van den Tillaar , affirme dans ce cadre que trois catégories de contraintes interagissent pour déterminer le patron optimal de coordination d’un organisme donné lors d’une action à un moment donné :
– des facteurs relatifs aux joueurs,
– l’environnement (partenaires et adversaires) à travers une « logique paradoxale des possibles et des probables »,
– les contraintes de la tâche, notamment ses caractéristiques intrinsèques.
D’après cette conceptualisation correspondant à l’approche dynamique, le mouvement ne va pas être la conséquence d’une commande motrice mais une propriété émergente, c’est-à-dire la conséquence de l’interaction entre les éléments cités précédemment par lesquels le mouvement se réalise. Ceux sont ces contraintes qui vont finalement donner un sens à l’acte moteur et vont conduire à des tendances comportementales préférentielles. Ce modèle est repris par Fleishman et ses différents collaborateurs au sein du modèle appelé « POET », c’est-à-dire 😛 (performance motrice) = f [O(organisme),E(environnement),T(tâche)]La composante P, dans ce modèle représente la variable dépendante, tandis que les trois autres, des variables indépendantes. Les différences « inter et intra » individuelles au point de vue moteur proviennent des variations survenant, de manière isolée ou combinée, dans les facteurs appartenant à chacune de ces trois catégories.

En conclusion, notre étude de l’armer se fera par le biais d’une analyse largement inspiré du modèle de POET.
Modèle d’étude pour l’armer, adapté selon celui de Fleishman

Modèle d’étude pour l’armer, adapté selon celui de Fleishman


LITERRATURE RELATIVE AU TIR

A priori, tir et passe auront globalement la même organisation initiale, mais des différences au niveau de la fin du geste et l’intention les sous-tendant.
L’objectif du tir sera d’imprimer à la balle une vitesse importante. Pour cela, le joueur va agir sur « une chaîne de levier à partir d’un point d’appui, le sol », à un rythme continuellement accéléré et dans un ordre bien défini à priori, du proximal au distal et  du bas vers le haut. « A priori », car certaines études, notamment celle de L. Fradet   n’observe pas l’ordre du proximal au distal (le plus performant biomécaniquement) dans leurs analyse du mouvement. Les hypothèses pouvant justifier ces résultats sont relatives aux apprentissages moteurs qui ne seraient pas judicieux et aux faibles habiletés techniques des participants. Celles-ci semblent être confirmées par les travaux de P. Pori qui affirment que des différences d’exécution sont observables et probablement due aux caractéristiques morphologiques, aux habiletés motrices des sujets analysés et aux spécificités de leur position sur le terrain. D’une manière générale, le déroulement du tir va ainsi commencer par l’activation de la chaîne cinétique au niveau du sol, puis se propager vers le membre inférieur et le tronc où la force va être généré, pour être ensuite « canalisée » au niveau de la ceinture scapulaire avant d’être délivrée au niveau du membre supérieur. L’armer est permis par un vissage du train supérieur sur le train inférieur qui va amener un placement du bras relativement loin derrière. Le rôle du bras non porteur de balle sera de permettre un verrouillage du buste d’un point de vue strictement biomécanique.
Finalement, R. van den Tillaar et G. Ettemadans une étude visant à analyser la contribution des extrémités supérieures, du tronc et des mouvements des extrémités inférieures dans les tirs au handball, montrent que seul l’angle du coude  et le niveau de la vitesse de rotation interne de l’épaule lors de la libération de la balle ont une relation significative avec les performances de lancer. En outre, une corrélation significative a été trouvée pour le moment de l’angle du bassin avec une vitesse maximale de balle, indiquant que les meilleurs lanceurs font pivoter leur bassin vers l’avant plus tôt au cours de leur lancer. Aucune autre corrélation significative n’a été observée, indiquant que le rôle du tronc et des membres inférieurs sont d’une importance mineure lors des actions de lancer vers le but au handball. Néanmoins, nous pensons avec Witque la vitesse de la balle dépend en grande partie des transmissions de quantité de mouvement entre le bassin et le tronc puis entre le tronc et l’avant bras, et que par conséquent le rôle des muscles du tronc est prépondérant. L’armer en tant que phase de preparation au lancer ne semble pas être un élément important pour ces études hormis pour amener le bras porteur de balle loin derrière avec un angle d’extension du coude relativement élevé.

L’ARMER SELON LA LITTERATURE ET LES ENTRAÎNEURS EXPERTS

Nous nous proposons à travers une revue de littérature ainsi que les réponses d’entraîneur expert à un questionnaire (cf. annexe 1) de définir ce qu’est l’armer et ses fondamentaux, son organisation motrice mais aussi de faire émerger les facteurs pouvant l’influencer selon les 3 catégories de notre modèle d’étude.

DÉFINITION :

« Tendre le ressort qui fait partir le coup », « se préparer à faire face à une situation » ou encore « garnir une chose avec une autre qui la met plus en état de servir » sont autant d’acceptations générales du terme armer. Cette notion de préparation se retrouve dans les définitions proposées par un grand nombre d’entraîneur, notamment celle d’O. Delafuente définissant l’armer, comme une « action préparatoire à la phase de lancer » ou encore celle d’O. Quintin, parlant de « la phase de placement du bras précédent le déclenchement du tir ». Cette implication de l’armer au sein d’une organisation temporelle et hiérarchisée, se retrouve chez C. Comte, qui définit l’armer plutôt comme une phase « se situant entre la réception et le lancer »  tout comme B. Thiebault. Ainsi pour L. Camberou, « de manière indissociable à la perception de ce qu’il se passe devant le porteur de balle venant de recevoir le ballon, il s’agira de recevoir armer shooter quand c’est possible… recevoir armer passer… recevoir armer feinter et enchaîner… recevoir, armer, protéger, déborder, réarmer et enchaîner. » Nous pouvons donc imaginer que ce qui va se passer avant et ce qui va organiser le geste du lancer, soit après, vont être susceptibles de le faire varier.
I. Bouhaddioui va dans ce sens et ajoute à cette notion de temporalité, celle d’espace. C. Duret parle ainsi de poste, de présence ou non de défenseur, de distance par rapport à la cible, influant sur ces deux données. Il est intéressant à ce sujet de savoir que pour L. Camberou, des différences peuvent être visible sur grand et petit espace car « plus il y a d’espace plus on a de temps, mais plus on veut aller vite et plus il faut le réduire ». L’intention tactique serait un élément fort de l’organisation motrice, dans ce cadre, malgré la possibilité de réaliser un armer complet, la volonté de prendre de vitesse le repli défensif pourrait être déterminante. Au sujet de l’espace, la longueur du lancer à réaliser pourrait aussi influencer l’armer. Par exemple pour une passe courte nous pouvons imaginer que la balle ne sera pas systématiquement amenée loin derrière.
Chaque armer semble donc dépendant de ces deux dimensions et donc du contexte dans lequel il va être réalisé. Ceci est confirmé par S. Gardillou, qui rappelle que l’armer est « un acte moteur dirigé vers un but » impliquant « plusieurs éléments anatomiques, les coordonnant et les associant dans le temps » (notamment bras, avant-bras et poignet).
Le lancer, finalité de la phase d’armer à priori, sera un « tir puissant et si possible précis » pour L. Philippy, ce que confirme S. Gardilllou, du moins pour la notion de puissance en le décrivant comme « un savant produit de force et de vitesse ». Nous pouvons imaginer que cette formule tant à montrer que le tir s’orientera, plus ou moins, vers une de ces deux composantes selon le contexte. R. Benedetto quant à lui parle d’un « lancé avec cohérence (force, précision) en fonction de la situation et de la cible à atteindre », ce qui tend à confirmer notre hypothèse. Par conséquent, l’armer sera aussi susceptible d’être influencer par les intentions du joueur lors du lancer, selon sa perception de la situation. B. François, au delà de la notion d’influence parle d’un « geste technique adapté aux exigences relatives à la situation du lanceur ». Il est intéressant de noter que l’armer pour la plupart des entraîneurs devra être adapté au contexte et par conséquent à des variables extérieures à l’organisme en action, nous ajoutons à cela qu’il sera influencer par les caractéristiques intrinsèques de ce dernier.
Pour un certain nombre d’entraîneur l’armer n’est relatif qu’au tir. Nous n’irons pas vers cette définition et garderont le fait qu’il prépare à un lancer, aussi bien passe que tir, pour reprendre la notion d’incertitude de D. Costantini. Un geste technique permettant « d’informer ou de contre informer partenaires et adversaires » selon B. François de part ses deux aboutissements moteurs différents et les feintes qui peuvent en découler. En conclusion, S. Gardillou rappelle que l’armer est dépendant de certains facteurs intrinsèques au joueur : « facteurs anthropométriques (incidence de leviers articulaires, de la taille des segments, etc…), contractiles pour la vitesse de contraction et la fatigabilité musculaire (typologies musculaires) et de la souplesse articulaire des principaux sites du corps (bassin/lombaires, ceinture scapulaire et complexe huméro-glénoïdien). » Mais il ajoute aussi que « les conditions initiales à l’armer en conditionnent nettement l’exécution » (notamment de là où provient le ballon, du lieu de réception…), notamment la relation passeur-réceptionneur.

Les définitions, ainsi que les remarques fournies par les entraîneurs vont dans le sens de notre modèle d’étude, que nous avons complété à partir de ces dernières.
Modèle d’étude complété par le biais de la définition de l’armer

Modèle d’étude complété par le biais de la définition de l’armer



En complément, nous souhaiterions différencier « l’armer » de « l’armé ». En effet si l’armer, pour nous correspond à la phase où la balle est amenée en arrière et au dessus de la ligne des épaules en vue d’être lancé, l’armé correspond au temps où celle-ci reste dans cette position.
Cette différence nous semble importante dans le sens où cette acceptation va être en lien direct avec la notion d’incertitude dans son aspect temporel. Une fois la balle armée, le joueur pourra utiliser un certain nombre d’appui avant de lancer, comme le montre le schéma suivant en considérant un moment de lancer identique :

Représentation schématique du temps d’incertitude selon le temps d’armer

Représentation schématique du temps d’incertitude selon le temps d’armer



De ce fait, plus la phase d’armer sera courte et plus le temps d’incertitude sera long, car la balle sera prête à être lancée et ce à n’importe quel moment. De plus une fois armée, elle sera aussi, à priori, protégée. Pour aller plus loin dans cette analyse, il est intéressant de remarquer qu’entre le moment où la balle est armé et le moment où le lancer doit être effectué règlementairement parlant, il existe une graduation quant au degré d’incertitude, comme le montre le schéma suivant :

Synthèse de l’incertitude mise sur l’adversaire selon le temps de possession de balle

Synthèse de l’incertitude mise sur l’adversaire selon le temps de possession de balle


Finalement, l’incertitude acquise par un armer court dans le temps ne sera bonifiée que par un laps de temps court entre le passage de l’armé à celui de lancé dans la plupart des cas. A cela peut s’ajouter, notamment chez les filles, un maintien de la vitesse acquise par la course permettant de la transférer au lancer et ainsi de gagner en puissance.

FONDAMENTAUX :

L’armer doit répondre, à certains fondamentaux, afin de s’adapter aux intentions du joueur et répondre aux contextes du jeu. Dans les réponses des entraîneurs, nous retrouvons souvent quatre axes organisant la motricité de l’armer :
– « masquer le projet du tireur ou du passeur » (B. François) soit une « double menace tir/passe » (O. Delafuente) sur une même organisation motrice et ainsi « créer de l’incertitude autour de la sortie de balle » (A. Mary)en vue d’une mobilisation optimale de son ou ses adversaires,
– « protéger son ballon » afin de « permettre la continuité du jeu » (N. Gendry),
– permettre une autre option au double projet passe/tir de suite après la réception, c’est-à-dire à la feinte et l’amélioration de la prise d’espace (par engagement de la ligne d’épaule dans un espace),
– finalement dans le cadre du tir « participer à l’amplitude, au relâchement et l’accélération nécessaire à la performance du lancer quel qu’il soit » (N. Gendry), soit si les conditions de jeu le permettent agir sur la balle le plus longtemps possible, pour « tirer fort et vite » ou « tirer fort et précis » (B. François).
B. François ajoute à ces axes, un souvent oublié mais qui semble être le plus important à savoir « privilégier l’intégrité physique de l’épaule du tireur, du passeur ». La localisation des lésions dans l’activité handball montre clairement un grand nombre de blessure au niveau de l’épaule.

Topographie des lésions au handball

Topographie des lésions au handball


L’épaule est une articulation où existe un équilibre entre mobilité et stabilité, devant permettre à la fois le contrôle du geste et le centrage dynamique de celle-ci par le biais de la musculature mais tout ceci reste fragile. Son rôle dans l’armer en terme anatomique est résumé par le schéma suivant :

L’épaule lors de l’armer

L’épaule lors de l’armer


De nombreuses pathologies peuvent émerger de cette gestuelle et de sa répétition (comme le montre le schéma suivant), mais aussi des séances de musculation visant à développer la puissance du lancer (Fig.7.).

Les pathologies gléno-humérales liées à l’armer

Les pathologies gléno-humérales liées à l’armer



ORGANISATION MOTRICE
Pour répondre aux différents axes vus précédemment, l’organisation motrice de l’armer, le plus souvent devra permettre d’utiliser le corps comme obstacle et son efficience sera marquée par « la capacité à mettre son ballon à hauteur de tête, dans le plan arrière, par rapport à l’alignement des épaules perpendiculaires à la cible à atteindre » le plus souvent (R. Benedetto). O. Delafuente souligne bien que cette organisation optimale de l’armer, « dans des cas particuliers de contrainte temporelle […] peut se modifier considérablement jusqu’à disparaître complètement (exemple : passe volleyée) ». Cette contrainte temporelle est dépendante de la présence de défenseur.

Le respect de cet armer « optimal » va faire intervenir un enchaînement de coordinations intra et intermusculaires, visible à travers les réponses d’un certain nombre d’entraîneurs.

Synthèse des coordinations relatives à la phase d’armer

Synthèse des coordinations relatives à la phase d’armer


Cette synthèse des coordinations peut être complétée par l’analyse biomécanique suivante :

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Seules des grandes composantes de l’armer sont analysées pour amener la balle en zone arrière (ce qui n’est pas toujours nécessaire), car nous pensons avec B. François, qu’il existe de nombreuses écoles ayant des points de vue divergents sur le mouvement à réaliser. L’évolution du jeu amènera une « utilisation quasi majoritaire d’armer par le haut plus économes en temps,  une liaison réception/armé de plus en plus importante voir imbriqué, une prise de balle à une main déjà dans l’espace de l’armer » (O. Delafuente).

ANALYSE DES FACTEURS POUVANT AVOIR UNE INFLUENCE SUR L’ARMER

 
La tâche :
La tâche a été analysé précédemment  (Cf. chapitre précédent).
L’individu :
Lors d’une production motrice, le joueur va faire appel à ses ressources, c’est-à-dire à l’ensemble des moyens dont il dispose. Nous pouvons caractériser 4 catégories de resources (Collectif C.T.S. zone sud-ouest) :
bioénergétique :
Elles correspondent aux qualités physiques (vitesse, force, détente et souplesse) et aux capacités physiologiques (filières aérobie et anaérobie lactique).
biomécanique :
Elles sont liées à la morphologie de l’individu, à sa motricité générale ainsi qu’à sa motricité spécifique (agir). Nous pouvons distinguer dans la motricité générale, différentes composantes qui devront être coordonnées les unes avec les autres selon les mouvements :
o la dissociation (des segments),
o l’orientation,
o l’équilibre,
o le rythme.
bioinformationnelle :
Elles sont fondées sur les qualités perceptives et décisionnelles (voir-décider).
bioaffective et sociale :
Elles dépendent de la motivation (extrinsèque et intrinsèque), de la volonté, du courage, de la maîtrise émotionnelle, des relations avec l’environnement de jeu (partenaire, adversaire, entraîneur, arbitre et public).Ces ressources peuvent être liées les unes aux autres. Les réponses des entraîneurs sur les facteurs influençant l’armer ont été classées selon les facteurs cités précédemment et sont synthétisées dans le schéma suivant :
Synthèse des facteurs lies à l’individu influençant l’armer selon les entraîneurs interrogés

S. Gardillou rappelle qu’ « il existe également une relation forte entre le « biomécanique » et le technique, c’est-à-dire une technique plus ou moins adaptée aux conditions mécaniques », mais que celle-ci est aussi adaptée aux facteurs tactiques.
Il est intéressant de remarquer à travers ses réponses que ce sont les facteurs bioénergétiques et biomécaniques qui semblent avoir le plus d’influence sur l’armer dans ce cadre. Notons aussi, qu’il existe une dualité entre l’armer en tant que savoir-faire et la prise d’information, chacun étant susceptible de faire évoluer l’autre comme nous le verrons par la suite.
Il n’existe pas d’article scientifique s’intéressant aux facteurs pouvant influencer l’armer, mais un certain nombre d’entre eux sont relatif au profil morphologique des joueurs. La dimension et l’anatomie des mains influence la force de préhension, celle-ci augmentant d’année en année. L’empan est ainsi utilisé dans le cadre des détections en France depuis de nombreuses années. L’étude de M. Visnapuu montre, à travers  une analyse biomécanique, que la première ligne de transmission de la force est le long du majeur.  Ces remarques vont dans le sens d’une influence des facteurs anthropométriques et de force de la main sur l’armer. Lino Alberto Soletti énonce certains principes pour la tenue de balle :
– les points de contact (doigts et paume de la main) doivent couvrir la plus grande surface possible tout en étant relâchés,
– les doigts doivent appliquer une légère pression sur la surface de la balle, pour permettre une meilleure sensibilité, en permettant une zone de contact de la balle avec les dernières phalanges afin d’améliorer le contrôle de celle-ci (car la décolle légèrement de la paume de la main),
A cela il ajoute le fait que lors de la manipulation, la balle ne doit pas être contrôlée par le regard car cela serait néfaste à l’équilibre et nous rajouterions à la prise d’information sur l’environnement. Finalement, un élément important dans le cadre du jeu est devenu la résine dont l’utilisation pour L. Camberou est capital, « car la construction de l’armer ne peut pas se faire sans ça. Le travail de pince est facilité, elle permet la feinte et le travail du poignet de manière plus efficace que sans colle ».Dans le cadre des capacités bioinformationnelles, nous pouvons émettre l’hypothèse que l’armer, en tant que savoir-faire et la perception vont s’influencer mutuellement.
Une différence est ainsi notable entre novice et expert, notamment au niveau des processus attentionnels : chez le débutant, les ressources attentionnelles vont être entièrement mobilisées par de nouvelles tâches ou techniques. Ainsi, en plus de nécessiter moins d’attention, un joueur maîtrisant un geste technique, au lieu de se centrer sur sa réalisation se centrerait plus sur la tâche. De ce fait, il pourrait prendre de meilleures informations. Ceci est possible par la mémoire procédurale, qui serait issue de la boucle de contrôle reliant le système limbique à une partie du noyau gris.
Dans le cadre de la théorie de la détection du signal, le joueur se trouve dans la situation d’un « statisticien » qui doit décider si l’observation qu’il effectue provient d’un « signal », et si, par conséquent la réponse doit être déclenchée, ou s’il s’agit d’un simple « bruit » auquel il ne doit pas répondre (exemple : feinte du joueur adverse). Le joueur va, parmi l’ensemble des actions préparatoires effectuées par l’adversaire, les informations ayant valeur de signaux susceptibles de réduire les incertitudes évènementielles, temporelles et spatiales de l’action ; et les informations ayant valeur de bruits, destinés à l’induire en erreur. A partir de ce postulat, différentes stratégies de préparation ont été décrites par Sarazzin et al. (1983) concernant :
– une préparation « totale », le joueur se prépare à effectuer une réponse unique,
– une préparation « partielle », le joueur se prépare à effectuer une réponse sans cependant exclure l’éventualité d’autres réponses,
– une préparation « égale »,le joueur se prépare à l’ensemble des réponses possibles.
Le comportement du sportif va ainsi résulter de ce qu’il va percevoir, de l’ensemble des réponses motrices dont il dispose (ses savoir-faire moteurs), voire de sa personnalité. Dans le cadre du handball où l’armer doit permettre de faire peser de l’incertitude sur l’adversaire, le sujet devra le plus souvent se préparer de manière « égale », soit un armer comme phase de préparation à l’ensemble des savoir-faire qu’il maîtrise, même s’il est courant de dire que les experts provoquent plus les évènements qu’il ne les subissent. Finalement, l’activité perceptive est aussi dépendante de l’individu lui même. « La construction perceptive à un moment donné, dépend des perceptions antérieures et des attentes perceptives du sujet ». La perception n’est pas une mais plurielle dans le sens où chaque individu va sélectionner des informations à sa manière. J.M. Favergue ajoute que des facteurs peuvent maximaliser ou limiter l’activité perceptive, comme la tâche (complexité et importance du contenu cognitif) et le sujet (âge et expertise) lui même.
L’évolution du jeu, décrite ci-après, amènera le joueur à « être plus fort, plus rapide, … etc … pour ce qui est de l’armer, au delà de ces ressources, il s’agira d’avoir des ouvertures d’angle correspondant à la volonté de pousser les limites au delà de notre capacité actuelle d’imagination » (E. Quintin). R.Benedetto va vers cette notion de variété de l’armer devant s’adapter aux nouvelles réalités du jeu mais «  à condition que chacune de ces formes d’armer respecte les principes d’incertitude et de continuité dans la situation en présence.L’environnement :
Le premier élément de l’environnement influant sur l’armer est la balle. B. Thiebault à ce sujet, explique que des contraintes motrices peuvent s’exercer liées à sa prise et note que sa taille, sa qualité ainsi que l’utilisation de « colle » auront des effets plus ou moins important. L’armer va avoir des spécificités selon les postes de jeu, mais aussi selon la situation sur le terrain : « c’est en général la contrainte « défenseur » qui occasionne des armés différents » (O. Delafuente). Ces derniers vont ainsi modifier le temps disponible pour la réalisation motrice, mais aussi amener « des contraintes spécifiques d’espace et des façons induites « biomécaniquement » de se les approprier » (E. Quintin).
I. Bouhaddioui rappelle aussi que « les orientations et les angles de tirs » ont une influence sur l’armer, ainsi les armer des ailiers et des arrières seront différentes. A ces contraintes vont s’ajouter nécessairement, la « gestion tactique de la situation (passe ou tir) » (B. François) à travers la prise en compte des rapports de force entre partenaires et adversaires. Les réponses relatives aux types d’armer selon les postes ainsi que leur justification sont présentées dans le tableau suivant :

Synthèse des formes d’armer selon les postes pour les entraîneurs interrogés

Synthèse des formes d’armer selon les postes pour les entraîneurs interrogés


Pour S. Gardillou, l’observation amène à penser que « la vitesse du jeu et par là l’augmentation des vitesses du jeu amène un bouleversement des gestuelles et par là des praxies de tir ». Les armer pour répondre à cette nouvelle logique devront être construits sur des chemins plus courts pour lui. « Il faudra être en mesure de compenser soit la composante vitesse (variation de la distance par le temps), soit accentuer le facteur force qui lui est la quantité de mouvement exprimé sur la distance donnée ». L’évolution du jeu dans le futur fera peser de nouvelles contraintes notamment sur l’armer. H. Gagé énonce ainsi que la difficulté à traverser les défenses ou les gardiens de buts va augmenter. Ceci étant dû à l’augmentation de la densité et de la mobilité défensive, permettant aux défenses de réduire le temps offert au porteur de balle pour s’organiser.

Comme nous venons de le voir l’armer peut être influencé par de nombreux facteurs. Dans le cadre de notre recherche, nous observerons particulièrement :

Synthèse des observations réalisées

Synthèse des observations réalisées