Beaucoup d’entre nous, soucieux de partager et de former au mieux, cherchons à donner des principes théoriques aux parents de joueurs, aux joueurs, anciens ou encore en activité, afin qu’ils maîtrisent les principes de l’entraînement et qu’ils forment les enfants au handball. L’individu, pris alors sous une nuée « pédagogico-didactique », semble vouloir faire la sourde oreille à tout ce que nous souhaitons lui apprendre. Comprendre les premiers réflexes de l’éducateur semble être une piste intéressante pour les deux parties : celui qui doit chercher à aider pour former et celui qui essaie de comprendre son parcours pour visualiser le chemin.
Vous ne vous en souvenez peut-être pas, mais tout commence avec un groupe d’enfants que vous devez entraîner dans une activité que vous pensez connaître… Nous disons penser, car malheureusement très rapidement vous allez vous rendre compte qu’au final, vous ne savez pas grand chose du jeu des enfants… ils demandent de jouer à un jeu, puis veulent changer, se battent dans la queue, ne font pas ce que vous voulez  Vous en êtes au « mode survie » : chaque séance est construite à partir de choses que vous trouvez sur internet ou que vous voyez faire et qui marche. Parce qu’au final, l’important est  que ça marche ou que cela vienne d’une source valable. Exit les « comportements attendus », les « critères de réalisation » et autres « variables », l’éducateur en « mode survie » est dans l’affectif, tout se passe comme s’il devait choisir entre se faire manger par les enfants ou devenir leur ami. Bien sûr, nous en rigolons maintenant mais sur le moment, seul, face aux enfants ,rien n’est simple.
Voici quelques conseils, qui nous semblent utiles et vraiment très personnels ,dans le cadre de la gestion de ce moment difficile à vivre pour certain. Pour les étayer, nous nous baserons sur des passages du livre de Dan Millman, le Guerrier Pacifique, que nous recommandons à tous et toutes.
«Tu débordes d’idées préconçues, comme ce réservoir ; tu regorges de connaissances inutiles. Tu détiens nombre de faits et d’opinions, mais tu ne sais presque rien de toi même. Avant de pouvoir apprendre, il te faudra commencer par vider ton réservoir.»
Vous venez d’être largués au milieu d’une horde d’enfants et vous souhaitez vous raccrochez à quelque chose. La première branche que vous saisissez est votre expérience, sur l’enfant ou encore le handball. Vous avez peut être un enfant, vous pensez donc aisément connaître les autres, puisque votre enfant est génial. Ou alors, c’est tout l’inverse, et votre expérience avec votre enfant tend à vous faire penser que les enfants que vous avez eus, sont les pires… Le pire pour un entraîneur qui débute, est certainement d’être un joueur encore en activité ou ayant arrêté, car là c’est sûr l’expérience peut jouer des tours. Les deux cas que nous venons de décrire sont à la fois très différents, mais aussi très similaires car rapidement ils vous amèneront à faire des erreurs, sur le court terme ou encore pire dans le temps. Des erreurs qui n’apparaîtront que plus tard, et que l’enfant portera avec lui pendant toute sa carrière de handballeur.
Les enfants sont tous différents et ont une personnalité qui leur est propre et qui est en construction. Cette notion est très importante à comprendre car elle vous permettra de mieux comprendre certains éléments. L’enfant cherche une personne « signifiante » pour lui, un individu auquel il s’identifiera et voudra ressembler, ou du moins prendre certains éléments de sa personnalité afin de construire la sienne. Ainsi, un individu pourra être ingérable avec un éducateur et plus sage avec un autre. Mais vous l’avez bien compris, étant donné que chaque enfant est différent, vouloir être l’adulte que chaque enfant recherche ,est impossible. Quel éducateur être dans ce cas? Nous y reviendrons plus loin.
L’éducateur, quand il prend un enfant en charge doit l’amener à devenir un joueur du meilleur niveau possible, mais dans dix ans ou plus. Avoir été un ancien joueur peut être un atout à condition de bien comprendre cela. Vous ne formez pas l’enfant au handball que vous avez pratiqué mais bien à celui du futur. Les changements peuvent être plus ou moins importants, difficile à prévoir, mais il faudra néanmoins travailler avec une telle ambition. Autour de la vision du handballeur du futur, d’autres domaines sont en perpétuelles évolutions : la pédagogie, la didactique, la préparation physique ou encore la préparation mentale, de ce fait la manière dont vous avez été entraîné ,doit aussi être révisée. Ce qui a marché par le passé, ne marche peut être plus maintenant ou du moins, moins bien que de nouvelles méthodes. Finalement, n’oubliez pas une donnée fondamentale et bien souvent vue sur les terrains, ne transférez pas une vision du handball de l’adulte à des enfants… Nous voyons encore trop souvent d’entraînement en ligne, des enfants faire des gammes athlétiques pour s’échauffer, puis un adulte qui joue le plot après avoir passé la balle pour que l’enfant fasse un duel.
Donc, avant de pouvoir sortir du « mode survie », il vous faudra faire place nette dans vos connaissances passées et apprendre à vous connaître dans un premier temps.
«Si tu continues à refuser de voir tes faiblesses, tu ne peux pas les corriger – ni développer tes forces (…). Regarde-toi!»
Se connaître en tant qu’individu avec justesse n’est pas une chose aisée. Quand quelqu’un vous dit quelque chose sur vous qui est négatif, il n’est jamais simple de l’entendre, même si cela semble être vrai. Cette démarche fondamentale est la première pierre pour fonder les bases d’un éducateur qui va former les enfants au handball. Elle vous permettra de construire un cadre qui vous permettra de vous sentir à l’aise, mais aussi de construire sur quelque chose de positif pour vous. Il existe globalement différents profils de personnalité, que vous possédez pour la totalité selon le contexte. La vraie question est de savoir quel profil est dominant chez vous quand vous intervenez sur une séance :

Exemple de profils individuels

Le « carré » est un individu qui ne laisse rien au hasard, tout doit être maîtrisé. En « mode survie », c’est un profil qui soit deviendra très autoritaire, soit disparaîtra complètement face au groupe car rien ne lui semblera bon. Lui faire dire que l’entraînement s’est bien passé ,n’est pas une mince affaire car il y a toujours quelque chose qui cloche. Il mesure en général la qualité de l’entraînement à la dépense énergétique des enfants, car il attend d’eux autant d’implication que lui. Son point fort, et ce sur quoi il doit travailler initialement avec le groupe pour construire sur du positif, est la mise en place de règles de groupe,  qui devront être partagées par les joueurs, mais aussi des procédures d’entraînement, notamment autour de l’enchaînement de situations et d’exercices avec un sens logique. Il aura tendance à avoir une approche analytique de l’activité et se sentira donc plus à l’aise lors d’ateliers ou d’exercices dits fermés où l’enfant apprendra un geste bien particulier. Son problème sera de devenir un « psycho – rigide », empêchant les initiatives personnelles et la créativité. Son mode de managérat sera rassurant dans un premier temps pour les enfants qui ne maîtrisent pas l’activité, mais pourra s’avérer trop rigide dans ses relations avec les enfants qui ne font pas ce qu’il demande, voir trop autoritaire. Le « carré » aura donc des facilités à poser des fondations stables et rassurantes rapidement, mais devra arrondir les angles avec le temps pour permettre aux enfants de se développer pleinement. Les mauvais côtés de ce profil sont souvent le fait d’avoir des convictions sur la pratique du handball et des problèmes en terme de relation avec l’enfant qui sort du cadre. Pour se développer avec le temps, ce profil devra apprendre à voir plus loin que la simple séance ou situation et à construire dans le temps, des savoir-faire que l’enfant devra acquérir. Il devra faire attention à son côté rigide en ne punissant pas à outrance, mais plutôt à cherche à expliquer ses décisions sans s’emporter..
Le « théoricien » est un individu qui maîtrise ou qui pense maîtriser l’activité sur le bout des doigts. Il aime parler du handball et de ses différentes facettes, c’est souvent une personne ayant déjà pratiqué l’activité ou en formation, voir même une toute autre activité. Son problème est avant tout de vouloir briller aux yeux de n’importe qui. Difficile de se rendre compte que nous sommes sur ce profil, mais souvent le « théoricien », malgré une connaissance incroyable de l’activité, a des joueurs, voir une équipe, qui manque de savoir-faire et de culture, dans le pire des cas, d’un peu de tout. Tout ou presque est à refaire,  un premier travail sur le plan mental doit être réalisé : se juger à sa juste valeur en tant qu’éducateur, et de ce fait, en tant que personne capable de transmettre ce qu’il sait. Arrêter de vouloir exister aux yeux d’autrui et ne pas se laisser guider par son ego ,seront des portes de sortie à ce qui pourra être un long calvaire. Une fois ce travail réalisé, le « théoricien » devra apprendre à sélectionner ses idées par rapport à un but. Son objectif devra se trouver dans l’anticipation des choses. Il devra devenir pointilleux techniquement et tactiquement.
L’ « animateur » est le profil qui aura le plus tendance à se diriger vers la formation des enfants, car c’est bien souvent un passionné ou un éternel enfant, qui aura des idées nouvelles d’entraînement. Il aura cette tendance naturelle à amener avec lui les enfants dans des séances enjouées. Ses problèmes en « mode survie » viennent de cette qualité : il aura tendance à vouloir devenir « comme un joueur » pour exister dans le groupe ou bien il aura une tendance à se plaindre des faits plus que de raison (l’arbitrage par exemple), car il n’aura pas les connaissances nécessaires pour faire avancer les enfants. L’acquisition de compétences relatives à l’entraînement, mais aussi à la pédagogie de groupe lui permettront de pouvoir se sortir du « mode survie ».
Le « famille » est souvent caractérisé par sa gestion des enfants uniquement sur le pôle affectif. C’est l’éducateur paternaliste ou le copain, voir le frère qu’il devient en « mode survie », qu’il faut craindre. Il est souvent très apprécié des enfants dans un premier temps, mais en vieillissant ces derniers ne l’écoutent plus. Chez le «  famille », le côté frère/soeur ou copain est souvent pris par l’éducateur qui n’assume pas son rôle ou qui ne veut pas vieillir. Il a du mal à fixer des règles aux joueurs et ne comprend pas vraiment pourquoi il n’est pas écouté. Le problème est que quand il se rend compte ,il a tendance à devenir l’opposé . Le « père ou mère » est unéducateur  qui considère ses joueurs comme ses enfants. Il n’hésitera pas à se comporter comme si c’était le cas, en leur faisant la morale ou en se mêlant d’éléments extérieurs à la pratique du handball, mais aussi en leur amenant. En tant que parent, il fixera souvent des règles qui seront enfreintes par les joueurs, malgré les remontrances et outres sanctions éventuelles promises. Ce qu’il manque au profil « famille » c’est une bonne dose de confiance, qui lui permettra de la transmettre à ses joueurs mais aussi d’assumer ses choix.
Attention, nous parlons ici des tendance des éducateurs en « mode survie », vous pourrez vous retrouver dans plusieurs profils ou bien dans aucun, car ils restent très généraux. Ces tendances peuvent être aussi valables pour des éducateurs confirmés, lorsqu’ils sont en situation de danger ou perçue comme négative. Le plus important est de comprendre rapidement ce qui ne correspond pas à une bonne attitude pour former les enfants au handball et de surtout pas s’y enfermer. Vous comprendrez donc la protection de votre ego, n’est pas une bonne chose si vous voulez devenir un bon éducateur et que la remise en question doit être presque une habitude.Au final les enfants ne  sont que ce que les amène à être.
«Incarne ce que tu enseignes et n’enseigne que ce que tu incarnes.»
«Je suis un maître : j’enseigne par l’exemple. Peut-être qu’un jour tu enseigneras à d’autres comme je te l’ai montré – alors tu comprendras que les mots ne suffisent pas.»
Une fois avoir fait le vide de ce qui ne vous permet pas d’avancer en tant que formateur, il va falloir vous demander ce que vous voulez être. Attention, il faut que l’image que vous donnez aux enfants, vous corresponde : il ne s’agit pas de jouer un rôle. Les enfants s’en rendraient compte rapidement. Le plus important est aussi de ne pas demander aux enfants des choses que vous n’êtes pas capable de faire, car pensez au fait que les enfants recherchent un référent, presqu’un modèle. Si vous leur demandez d’arriver à l’heure, mais que vous ne l’êtes jamais, vous ne serez jamais pris au sérieux. Il est par exemple, très important, de représenter les valeurs que vous souhaiter inculquer aux enfants. Par exemple, votre équipe a tendance à critiquer l’arbitrage. Cela vient d’un adulte : parents dans les tribunes, parents dirigeants ou peut être vous. Si tel est le cas, il faudra d’abord corriger le comportement déviant avant de demander à l’enfant d’arrêter, surtout si c’est vous qui êtes à l’origine.
«Tes humeurs prennent leur source dans ton esprit et non pas dans les autres gens ou dans les environnements.»
L’autre problématique de l’entraîneur en « mode survie » est certainement sa propension à tout prendre négativement : les enfants ont un comportement négatif, les parents aussi et personne ne veut m’aider. Ces humeurs, comme les appelle Dan Millman, vont au fur et à mesure des séances, submergées l’éducateur. Le premier point à comprendre et à accepter, c’est que ces bilans négatifs, même s’ils portent en eux certainement une part de vérité, ne doivent pas  devenir des choses que nous prenons pour acquises. « Les enfants sont turbulents » pendant la séance, est certainement vrai, mais il ne faut pas que cela devienne une vérité et que cela se reproduise. L’éducateur en « mode survie » a tendance à croire que rien ne pourra changer avec le temps, mais nous vous rappelons que si un tel constat est fait sur les enfants, c’est que quelque part nous leur laissons la place d’être turbulents pendant la séance, ou encore que nous n’adoptons pas la bonne manière de faire par exemple. Croire que tout cela est figé ,va augmenter l’inconfort perçu par l’éducateur pendant la séance, ce qui l’empêchera de construire sur du positif. En d’autres termes, être en colère contre les enfants turbulents, ne changera rien au problème, voir l’aggravera. Il faut bien comprendre que votre humeur, dans ce cas la colère, est certainement due à votre incapacité à donner une réponse au bilan que vous avez fait, ou juste à vous croire incapable de changer les choses. Voici un schéma pouvant expliquer ce mode de pensée rendant difficile la possibilité de faire un entraînement amenant des transformations chez l’enfant.

Influence des sources d’humeur sur la perception qu’a l’éducateur de l’entraînement

Il est tant de prendre les choses en main, ou plutôt de se reprendre en main, afin de pouvoir travailler dans un certain confort et commencer à vivre l’entraînement, plutôt que chercher à y survivre. Le premier point est de prendre vos bilans précédents pour ce qu’ils sont : des perceptions passagères du contexte, qui sont modifiables à condition d’y réfléchir. Voici modélisée, la manière dont nous cherchons à fonctionner :

Exemple de conception pour ne pas être submergé par ses humeurs

Tout est simple sur la modélisation, et nous avons bien dit « cherchons » car l’erreur est humaine et malheureusement l’être humain préfère se plaindre des faits plutôt que de se dire qu’il en est à l’origine. Vous ne changerez pas du jour au lendemain, et malgré votre persévérance, il y aura forcément des retours en arrière. Nous pensons qu’un éducateur digne de ce nom, ne peut pas faire un constat négatif sur un élément inhérent à son groupe sans chercher à le transformer, sous peine de se remettre dans une zone d’inconfort. Il semble important de « laisser couler » le côté négatif du problème, source d’humeur, nous ne nions pas que les problèmes énumérés, sont énervants ou encore désespérants, mais à quoi bon les prendre comme tels? Il nous semble beaucoup plus intéressant de passer outre et de chercher à trouver une solution au problème initial par le biais d’une méthode en essais/erreur, qui au fil du temps, nous permettra de revenir dans une zone de confort. Attention, vous ne devez pas vous transformer en un éducateur qui ne ressent rien, mais bien en un éducateur qui maîtrise ses humeurs et qui les utilisent à bon escient pour faire passer ses messages.
L’erreur a une place fondamentale dans la formation de l’enfant, croire que nous n’en faisons jamais, est certainement la plus grosse. Ceux qui disent tout maîtriser sont dans le faux, tout comme ceux qui pensent qu’il ne faut jamais faire d’erreur. Car à la moindre erreur, les humeurs reprendront le dessus, avec notamment le regret.
«Mieux vaut commettre une erreur avec toute la force de ton être que d’éviter soigneusement les erreurs avec un esprit tremblant.»
Accepter les erreurs et le fait d’en commettre est un premier pas vers la fin du « mode survie ». Par contre attention à ne pas partir vers l’autre extrême, car notre rôle est néanmoins de faire le moins d’erreurs possibles.
«Sur le chemin que tu as choisi, il n’y a ni louange ni blâme. Les louanges et le blâme sont des formes de manipulation dont tu n’as plus besoin.»
Pour finir, il vous faudra comprendre que les enfants et les parents ne sont pas là pour vous dire que vous travaillez bien ou non. N’attendez pas cela et ne vous battez pas pour cela, au risque de revenir sur des profils du « mode survie ». Il en va de même pour les blâmes que vous pourriez recevoir, qu’il ne faudra pas prendre pour ce qu’ils sont. En effet, ils sont souvent issus de personnes mal attentionnées. Votre unique récompense doit être les progrès des enfants.
L’ensemble des citations sont tirées du roman de Dan Millman, le Guerrier Pacifique.