«  Les athlètes se confient à nous et, en les entraînant, nous prenons en quelque sorte leur futur bonheur en charge » Francois Bigrel (petite conférence sur la performance de cet auteur que nous vous conseillons)
Cette phrase nous rappelle l’importance, que nous éducateur nous avons, mais aussi le devoir qui est le notre envers chaque licencié. Nous ne reviendrons pas sur le temps qu’il est presque indispensable de passer, peu importe son niveau, pour offrir des conditions de pratique et de formation optimales à l’enfant, car ce n’est pas le sujet. Malgré tout, le managerat des matchs doit remplir certaines fonctions que nous avons tendance à oublier, tant le climat ambiant nous amène dans le feu de l’action à nous décentrer de l’important la formation de l’enfant.
Le dictionnaire Larousse, nous propose comme définition pour la formation : « processus entraînant l’apparition de quelque chose qui n’existait pas auparavant ». Quel lien avec le managerat lors du match? Le match, au delà du fait de chercher à gagner, doit être un moment d’évaluation pour l’éducateur des acquis mais aussi des problématiques rencontrées par son équipe, dans une certaine mesure. Combien de fois avez vous remarqué que les enfants n’arrivaient pas à restituer des savoir-faire qu’ils semblent pourtant maîtriser à l’entraînement ? Le managerat chez les enfants prend ainsi un sens très particulier.
Manager des ressources humaines consiste à conduire, dans un contexte donné, un groupe de personnes ayant à atteindre en commun des objectifs fixés (http://www.institut-numerique.org/section-1-le-management-des-ressources-humaines-5220dd5392f11), ce qui devrait correspondre au groupe équipe, même si tout n’est pas si simple que ça, je vous l’accorde. En effet, les motivations sont très variées et chacun peut attendre du match quelque chose de différent :
  • marquer une fois,
  • se confronter au meilleur joueur adverse pour montrer son niveau,
  • réussir le pari fixé avec son père qui est de marquer 10 buts,
  • ne pas faire perdre l’équipe,
  • etc…
Ce premier point fait apparaître des rôles que peut avoir le manager. Ils sont au nombre de 5 :
Les 5 rôles du manager

Les 5 rôles du manager

D’après ses influences et ses responsabilités, le manager de match aura presque les aptitudes requises pour être éducateur.  La communication est un des éléments centraux de notre travail, en effet les enfants ont tendance à vous parler « trop tard ». Il faut savoir que bien souvent les enfants ont un certain respect pour l’adulte et en particulier quand il transmet un savoir. Une des hypothèses peut tenir au fait que vous prenez la place d’un maître ou une maîtresse, mais spécialisé dans le sport. Pour vous c’est presque une certitude? Nous nous permettons d’en douter, car il faut bien comprendre qu’en tant qu’adulte, nous avons très facilement l’impression de comprendre ce que vit l’enfant. Mais il faut savoir que notre perception des choses est bien souvent biaisée par des filtres, que sont notre expérience et notre personnalité par exemple. Tant que vous n’avez pas parlé à l’enfant, pensez-y, rien n’est sûr.
Motiver une équipe d’enfant semble être une chose aisée pour un match, mais dans certains cas, le manager devient celui qui donne l’énergie ou qui recentre l’enfant vers la bonne motivation. Souvenez-vous ce que nous avons dit plus haut, chaque enfant vient peut-être avec une motivation différente, votre rôle est de garder les motivations qui permettent à l’équipe d’avancer, tout en cherchant à respecter l’enfant. Un enfant débutant, et c’est encore plus vrai chez les filles, aura tendance à refuser certains tirs. Il semble que cette action soit souvent issue d’une réflexion très collective : « je passe la balle à elle/lui ,il a plus de chance de marquer que moi ». C’est louable d’un point de vue collectif, mais c’est désastreux au niveau de l’individu car comment peut il être en réussite au tir, s’il n’essaIEpas. De plus, un collectif reste une somme d’individus, si jamais un seul individu marque l’ensemble des buts de l’équipe, elle s’en trouvera affaiblie dans le temps. La transmission d’une certaine sérénité est aussi source de motivation chez l’enfant, en d’autres termes, les enfants ont souvent peur d’une équipe ou tout simplement de perdre. Le manager doit être là, par sa présence pour leur rappeler que lui a confiance, et ce même si ce n’est pas vrai. Prenons un exemple issu du haut niveau féminin : l’équipe de Norvège a une caractéristique qui lui est tout personnelle, les joueuses sourient constamment et s’énervent très rarement. Elles semblent sûres de leurs forces, même quand tout va mal. Cette perception d’aisance et  de sérénité ne peut pas expliquer leur réussite dans sa totalité, mais peut en être une des nombreuses explications.
En distribuant par exemple des rôles aux joueurs, l’éducateur peut faciliter la formation de son équipe. Un des rôles dans l’équipe est celui de capitaine, mais quelles responsabilités lui incombent ? D’autres rôles peuvent être donnés au sein d’une équipe favorisant ainsi sa structuration. Pour notre part, nous fonctionnons autour de trois rôles, que nous construisons avec les joueurs au fil des catégories :
  • le leader de comportement, qui est bien souvent le capitaine,  doit avoir un comportement irréprochable, sur et en dehors du terrain, celui qui ne baissera jamais les bras,
  • le leader technique, est celui qui maîtrise le plus de savoir-faire, c’est souvent le joueur qui est capable de prendre le jeu à son compte ou ses responsabilités, mais aussi celui qu’il faut tempérer dans certains cas pour qu’il se fonde dans le collectif,
  • le leader d’ambiance, est celui qui est nécessaire à la convivialité, le blagueur en quelque sorte.
Bien sûr, ce ne sont que des idées et libre à vous de les adapter à votre groupe. Les enfants sont souvent friands de ses responsabilités au sein du collectif, n’hésitez pas. Une autre donnée qui sera tout aussi importante lors des séances, est que l’éducateur doit être juste et permettre à tous de s’exprimer dans un cadre commun, mais nous y reviendrons paR la suite.
Fixer des objectifs lors du match est aussi une bonne manière de vérifier les progrès de l’enfant. Attention, nous parlons ici d’objectifS en terme de maîtrise et non de performance :
Caractérisation des objectifs

Caractérisation des objectifs

Les objectifs de performance sont souvent source d’anxiété, notamment chez les filles. Mais attention, les objectifs de maîtrise selon la personnalité du joueur peut être aussi une source de problème. Il n’est pas rare que certains d’entre eux se centrent uniquement sur l’objectif de maîtrise donné et en oublient tout le reste. Par exemple, nous avons déjà vu une joueuse très respectueuse des objectifs de maîtrise, ne pas agir sur la porteuse de balle qu’elle avait en charge car elle passait à l’extérieur. Son explication était qu’elle ne devait pas se faire battre à l’intérieur. Vous comprendrez donc que si vous donnez des objectifs de maîtrise, il faut qu’ilS soient bien réfléchis en amont ,afin que l’enfant puisse comprendre exactement ce que vous attendez de lui.
Mesurer les progrès et la performance est pour nous un des rôles les plus importants du manager chez l’enfant. L’éducateur doit être capable de sortir du contexte du match, pour être capable de savoir quel enfant avance par rapport au projet de formation, quel enfant a des blocages… Il faut le plus souvent éviter de réagir à chaud, sauf si vraiment vous avez l’habitude et une capacité certaine à vous décentrer du match très rapidement, ainsi que vous joueurs. Tout cela, vous conduira à organiser le travail ou du moins faire le lien entre le projet de formation du joueur et ce que vous observez sur le match afin de valider ou non les séances et situations, mais aussi les acquisitions des enfants. Nous ne pensons pas que les entraînements de la semaine doivent être basés uniquement sur les problèmes rencontrés en match. En effet, qu’allez-vous faire à l’entraînement si jamais il n’y a pas de problèmes. Une autre problématique est que chaque match amène des problèmes différents, aussi les contenus d’entraînements ne seront pas répétés dans le temps et il n’y aura pas d’apprentissage.
Au delà des différents rôles que doit avoir le manager, il apparaît maintenant clair, que le managerat est imbriqué dans un système complexe :
L'inscription du managerat dans un système complexe

L’inscription du managerat dans un système complexe

L’éducateur va donc devoir prendre en compte l’ensemble des éléments qui vont avoir une influence sur le managerat du match le jour J, afin de respecter les rôles qui lui sont attribués.
MANAGER DES VALEURS EN AMONT
«  L’une des difficultés de ce métier consiste à avoir un discours et des attitudes positives dans un environnement qui ne s’y prête pas. » P. Moratoglou
Comme nous l’avons vu précédemment, ainsi que dans d’autres articles, le match est un moment exacerbant les émotions de l’enfant, voirE sa personnalité. La victoire est un moment clé pour lui, tout comme la défaite qu’il a tendance à détester. Nous pensons que la victoire est à rechercher systématiquement. Oui vous lisez bien. Gagner a une importance presque capitale pour l’éducateur, car cela permet aux yeux de l’enfant de valider le travail réalisé, mais aussi de travailler dans une bonne ambiance. Nous pourrions ajouter que la victoire débloque, alors que la défaite a tendance à bloquer, tout ceci en lien avec le développement de la confiance.
Les joueurs doivent donc comprendre qu’il est important et nécessaire de mettre en oeuvre tout leur potentiel pour gagner le match. Il s’agira donc d’éviter le plus possible cette phrase que nous entendons bien souvent : « c’est pas grave on est là pour s’amuser », car c’est toujours grave pour un enfant de perdre un match. Vous essayez quelque chose, mais vous n’y arrivez pas, jugez-vous que ce n’est pas grave? Nous oui. Le résultat n’est pas une fin en soi, mais il est important de lui donner la valeur qui est la sienne, afin de pouvoir dépasser les problèmes rencontrés, progresser et changer la fin d’un match déjà vécu, par exemple. De plus, l’utilisation d’une telle formule nous semble assez problématique sur le long terme, car finalement vous supprimez la valeur principale du match pour l’enfant en relativisant la défaite. Comment peut il dans ce cadre savoir pourquoi il joue et il s’entraîne? Nous pensons qu’une des valeurs à transmettre à l’enfant au fil des années est de s’entraîner pour progresser et gagner un maximum de match. Nous ne niions pas que nous ne gagnons pas toujours, et c’est bien comme ça, mais il faut faire comprendre à l’enfant, que la défaite est souvent liée à différents éléments que nous pouvons travailler à l’entraînement afin que cela n’arrive plus ou moins. L’autre facette de cette phrase est la notion d’amusement, qu’il nous semble à bannir. Nous pensons que l’enfant doit apprendre à se faire plaisir lors de l’entraînement, mais pas à s’amuser qui est pour nous un terme assez péjoratif. S’amuser ne nécessite pas de cadre, voirE pas de règles, or s’entraîner demande une certaine exigence. Vous nous direz que l’enfant ne fait pas la différence. Vous avez sans doute raison, mais nous pensons qu’il doit d’une part apprendre à le faire, mais aussi que votre comportement sera différent avec votre groupe, si vous tolérez l’amusement ou si vous recherchez le plaisir. En d’autres termes, l’objectif de l’éducateur doit être d’accompagner l’enfant dans un projet visant à se former et à progresser pour espérer gagner un maximum de match avec son équipe à l’avenir.
La victoire donc… mais pas à tout prix. Pour les éducateurs, elle ne doit rester que la cerise sur le gâteau, car ils doivent d’abord penser à trois axes fondamentaux dans le cadre de la formation du joueur.
Le respect de tous est une priorité. Il s’agira notamment de faire respecter aux enfants :
  • les décisions de l’arbitre,
  • l’autre et les règles : il faudra par exemple accepter et tolérer les erreurs de son ou ses partenaires, mais aussi se maîtriser et maîtriser ses actions. En d’autres termes, toutes fautes « graves »  non sanctionnées par l’arbitre doit l’être par le manager; et dans ce cas pourquoi ne pas le sanctionner progressivement.
L’éducateur-manager doit être un exemple à ce sujet et il se devra :
  • d’être juste avec ses joueurs, comme nous l’avons vu précédemment, en donnant à tous ,les mêmes règles à respecter, ce qui correspond à une manière de montrer à vos joueurs que vous avez autant d’estime pour chacun d’entres eux,
  • de serrer la main des adversaires à la fin du match, ainsi qu’aux arbitres.
La progression de tous les joueurs, en rapport avec leurs qualités, devrait être notre principal objectif. Or pour progresser le joueur a besoin de jouer. Vos choix lors de la création d’équipe doivent donc faire ressortir cela. Si jamais, vous n’avez qu’une équipe alors vous devez malgré tout respecter cette règle. Nous détaillerons une manière de faire qui est la notre ,plus tard dans l’article, mais il doit y en avoir d’autres. Il est très important de comprendre plusieurs éléments à ce sujet : le meilleur enfant ne sera peut être pas le meilleur en adulte, par exemple parce qu’il ne grandira pas suffisamment ou juste parce qu’il ne sera pas habitué à faire les efforts. D’autre part, vous formez des enfants pour pérenniser votre équipe senior, or si elle joue en départemental par exemple, ce seront vos joueurs de « deuxième choix » qui renforceront l’équipe, les « meilleurs » étant amenés vers d’autres cieux. Nos propos sont volontairement provocateurs, mais il vous faut garder à l’esprit que tout le monde dans une équipe d’enfants mérite votre attention.
La formation du joueur est le dernier axe et doit être inséré au sein du managerat. Certains comités proposent des recommandations pour former le joueur selon des étapes qu’il vaut mieux respecter. Si ce n’est pas le cas, il vous faudra construire un projet de formation permettant à tous les joueurs de se développer.
Par conséquent, les progrès et la restitution des acquis sont au centre du match pour l’éducateur, avec en toile de fond ,la volonté de gagner.
Le manager ne doit pas non plus oublier qu’il est bien souvent un exemple pour l’enfant donc pour transmettre ses valeurs il devra lui même en être le reflet.
«  Incarnes ce que tu enseignes et n’enseignes que ce que tu incarnes. » D. Millman
Lorsque le manager est sur le banc, il faut donc en aucun cas :
  • critiquer les décisions de l’arbitre,
  • toujours croire en la capacité de l’équipe à gagner ou du moins les amener à ne jamais baisser les bras,
  • être exigeant, peu importe le résultat,
  • être à l’heure au rendez-vous,
  • etc…
Une des erreurs principales de l’éducateur est de chercher des raisons extérieures à l’échec, pour essayer de préserver la confiance en soi de son équipe, mais nous pensons que cette pratique est à double tranchant. Car comment s’investir plus, si jamais la défaite n’est pas analysée et les points négatifs travaillés en lien avec le projet de formation. Voici un exemple : quand l’équipe adverse propose une défense basse, il vous faudra faire travailler à votre équipe un jeu rapide où les joueurs ne gardent pas longtemps la balle en main. A ce sujet, nous tenons à vous rappeler les propos de Claude Onesta, suite à la défaite de l’équipe de France face à l’Allemagne en 2007 : « un match ne se perd jamais sur la décision d’un arbitre… Si jamais vous pensez que c’est le cas, c’est que vous n’avez pas fait ce qui était nécessaire avant. » Suite à sans doute une période de colère assez intense, le sélectionneur a construit un nouveau projet devant permettre d’éviter de perdre pour des raisons extérieurs au jeu produit par les équipes. Pourquoi ne pourrions pas nous imprégner de cette vision qui a plutôt bien marché avec l’équipe de France masculine?
MANAGER LE JOUR DU MATCH
Nous vous livrons notre méthode en fonction des différents temps du managerat. Des adaptations sont sans doute à faire en lien avec votre personnalité mais aussi avec votre équipe.
Avant le match
 Pour aller, un peu plus loin sur l’avant-match, rendez-vous ici.

Pendant le match 1Pendant le match 2Après le match