Match de moins de 13 filles : l’arrière gauche attrape la balle, duel extérieur et lucarne opposée… Joli savoir-faire et pourtant une sensation bizarre quand elle refait la même chose, encore et encore. La défenseuse n’a qu’à s’adapter après tout… finalement elle ne peut pas car en plus de bien le faire, l’attaquante utilise des qualités physiques au dessus de la moyenne. Le match continue et une autre fait exactement la même chose. Une le fait avec « une feinte du regard », l’autre en sautant plus haut, tandis qu’une dernière en tirant rapidement.
Ce constat se multiplie au point de questionner : savent-elles faire autre chose? La multiplicité de ce savoir faire particulier ayant pris des formes différentes ne vient-il pas d’un problème dans la formation : une automatisation d’un savoir-faire?
Ce savoir-faire complexe et « gage de but » mais face à une gardienne de bon niveau cela deviendra un défaut.
Nous espérons qu’à travers cet article, nous réussirons à attirer votre attention sur le fait que nos « petites » erreurs d’aujourd’hui peuvent devenir nos problématiques de demain. Voici ce que nous avons pu vivre il y a peu de temps, notre réflexion et les modifications que nous apporterons à notre projet de formation.
LE PROJET DE FORMATION EN MOINS DE 11

Nous travaillons globalement en moins de 11 sur une logique de montée de balle, face à une défense fille à fille. Ceci implique une gestuelle au niveau du lancer qui soit biomécaniquement bonne, et implique un armer court presque dès la réception de balle, avec cette dernière placée haute et en arrière, mais aussi une fin de geste où le bras lanceur terminera devant. Nous cherchons donc à automatiser une gestuelle basée sur ces fondamentaux, pour pouvoir tirer dans les 4 coins à partir d’une même gestuelle et pouvoir faire planer de l’incertitude sur la gardienne quant au moment du déclenchement du tir (appui, course, suspension).
Pour réaliser ce travail, nous utilisons de nombreux ateliers technico-tactiques avec des aménagements matériels permettant de mettre le focus sur une partie du geste où plusieurs, mais aussi des situations décontextualisées visant à faire « sentir » aux enfants des éléments techniques pour les réinvestir par la suite dans les ateliers.
Un des éléments sur lesquels nous travaillons est la rotation des épaules pour amener le ballon derrière, pour ce faire nous utilisons notamment l’atelier suivant :
Atelier rotation des épaules

Atelier rotation des épaules

Une attaquante avec une balle, part de la marque circulaire en dribbles pour passer dans la porte (plots avec jalons), à ce moment le gardienne touche un des deux plots. La porteuse de balle doit passer par la porte de la même couleur pour avoir le droit de tirer, en respectant les règles du handball.
L’objectif de cet aménagement est d’amener la gardienne de but à être au premier poteau au moment du déclenchement du tir. Une série de question l’amènera à réfléchir sur le fait que c’est plus dur de se retrouver à tirer au niveau de la porte à l’opposé de son bras, car cela nécessite une organisation motrice avec rotation des épaules pour pouvoir tirer croisé, ce qui n’est pas forcément le cas de l’autre côté. Nous avons globalement fait ce travail les trois quart du temps, contre 1/4 avec une inversion des plots proches du but afin de favoriser la prise de vitesse du gardien de but ou la prise à contre pied. Ce dernier travail était selon nous moins intéressant car moins complexe à réaliser pour les enfants.
LE CONSTAT EN MOINS DE 13

Sur la plupart des filles maîtrisant, le duel extérieur dans l’équipe des moins de 13 filles, ayant fait une à deux années en moins de 11, et donc ayant vécu l’atelier précédent, quasiment toutes ont un impact préférentiel au second poteau. Ceci peut paraître logique au premier abord car le déplacement du gardien tend à ouvrir légèrement le second poteau quand il respecte l’axe « bras tireur – gardien – milieu du but ». Mais dès que les gardiennes commencent à retenir les impacts ou proposent des « pièges », les tireuses sont en échec.
BILAN

Malgré la recherche d’apprentissages liant ce que l’enfant voit ou vit à ce qu’il fait, il semble que la trop grande répétition d’une gestuelle ou d’un contexte, semble faire prendre des habitudes aux enfants. Cela correspond finalement au « ça marche alors pourquoi faire autre chose » dont certains enfants rafolent. Nous pensons qu’il est important d’aller vers une certaine diversité des contextes, peu importe la difficulté de l’atelier ou des organisations motrices qu’il nécessite. N’oublions pas que l’enfant doit être au centre des apprentissages et que nous cherchons à lui donner les « armes » pour vivre au mieux sa vie de handballeur futur sans avoir de savoir-faire limitant ou encore récurrent, car les meilleurs sur les ressources handball sont ceux qui ont une « boîte » à savoir-faire la plus pleine possible.