Former c’est aussi, souvent penser à tout, et aussi à tout le monde, avons nous toujours pensé? Les pratiques sportives offrent aux enfants deux rôles possibles : celui de joueur mais aussi celui d’arbitre. Ces deux rôles sont souvent dissociés, tout comme leur formation. Pour beaucoup de club, former des arbitres est une problématique qui est nécessaire pour remplir les quotas de la CMCD, mais cherchons nous vraiment à armer au mieux ces jeunes pour réaliser pleinement leur rôle? En d’autres termes, beaucoup plus pragmatique, comment pourrions nous aider nos arbitres « à survivre » aux contextes et évènements, quelques fois presque véhéments qu’ils vont rencontrer le week-end? Nous vous proposons une vision de non spécialiste de ce rôle sur un dossier qui mérite tout notre intérêt, car  « sans arbitre pas de jeu ».
LA PLACE DU JEUNE ARBITRE

Comprendre la place du jeune arbitre, nous semble intéressant dans un premier pour pouvoir comprendre les intérêts de chaque partie, voici une modélisation de ce que pourrait être les éléments à prendre en compte :
Place du jeune arbitre au sein de la structure

Place du jeune arbitre au sein de la structure

La première chose qui nous semble importante de prendre en compte, c’est qu’il est très rare qu’un enfant commence une activité pour devenir arbitre, ce qui peut paraître normal d’un côté car les enfants essaient l’activité par le jeu, mais aussi, sans doute parce ce rôle est bien souvent tenu par l’adulte, et les enfants sont là pour jouer. Mais ne pourrions nous pas les faire jouer avec les règles, ou tout simplement jouer à être l’adulte surtout dans les petites catégories ? Bien sûr, tout cela semble complexe dans un premier temps, mais pourquoi ne pas tenter.
Toujours est-il que dans une perspective d’amener des enfants à devenir arbitre, il faut bien garder à l’esprit que l’enfant est avant tout joueur et que dans l’état actuel des choses, bien souvent il devient arbitre du fait d’une rencontre avec un éducateur lui ayant passé la fibre, parce qu’il n’a pas pu mener sa « carrière » de joueur comme il l’entendait ou simplement parce que c’est un rôle où il a été valorisé. Sur ce dernier point, nous prendrons les choses avec des pincettes, dans le sens où pour jouer, il faut des arbitres.Si bien que nous n’hésitons pas à valoriser des arbitres qui n’ont pas le profil pour remplir la fonction initialement, pour savoir si c’est le cas regarder qui arbitre au sein de votre club. Si ce sont ceux et celles qui sont considérés comme « moins bon » alors…
Nous pensons, et cela ne reste qu’un avis de non spécialiste, qu’il est très rare de tomber sur des enfants qui ont ça dans le sang ou qui veulent le devenir en commençant l’activité. Pourtant initialement, quand vous posez la question : « qui veut arbitrer ? », tout le monde est intéressé dans les petites catégories (un peu comme pour jouer au gardien de but), puis rapidement plus personne ou du moins beaucoup moins. Vouloir jouer « le rôle de l’adulte » ou « avoir la responsabilité de faire respecter les autres » deviendrait rapidement problématique, mais pourquoi ? Comment pourrions-nous amener plus facilement ce passage du jeune joueur au jeune arbitre ? Des propositions sur ce sujet auraient un intérêt très important pour les clubs, surtout quand nous savons qu’un des points pris en charge dans le label école d’arbitrage est le ratio entre le nombre d’arbitres en formation par rapport au nombre total de licenciés…
Nous vous proposons de renverser le sujet et plutôt, de nous baser sur notre philosophie de formation, qui serait comment faire pour que les joueurs mettent du sens à cet autre rôle, au point que certain d’entres eux basculent de l’autre côté de la « force » …
Le club, à travers ses éducateurs aura donc un effort à fournir dans la mise en place d’une partie dédiée aux arbitres dans le projet de formation de l’individu, voir mieux il intègrera les deux, comme si l’un ne pouvait aller sans l’autre. Parce finalement, ce qui fait le handball ce ne sont pas les individus qui le pratiquent mais ceux qui font des règles. Il y a aura sans doute en parallèle de cette démarche, une volonté de mettre en avant les arbitres comme nous pouvons mettre nos joueurs qui réussissent. Bien souvent nous avons pu constater que les clubs qui formaient des arbitres, avaient cette tendance… Est-ce un effet de la bonne formation et de la volonté de mettre en avant un travail jugé comme positif, ou deux éléments qui se nourrissent l’un l’autre.
L’arbitre formera alors avec son binôme, deux individus représentant le club, et à travers eux une image sera véhiculée. Ce binôme sera aussi un moment de relation entre deux individus, une sorte d’osmose à créer comme quand nous parlons de cohésion d’équipe pour les joueurs.
Former un jeune arbitre reviendrait donc à penser à peu près tout ça, voir un peu plus sans doute, car n’étant pas spécialistes, nous oublions sans doute des choses.
Le jeune arbitre au sein d'un système complexe

Le jeune arbitre au sein d’un système complexe

Comme nous l’avons vu précédemment, l’individu accède au rôle de jeune arbitre avec des motivations et une personnalité qui lui sont propres et qui agiront sur ce dernier. Nous aurions pu ajouter tous les éléments en lien avec la confiance, mais nous ne voulions par surcharger le schéma. Il faut donc comprendre l’individu dans le sens le plus large possible, donc selon l’ensemble des ressources qui le caractérise.
Le jeune arbitre va devoir s’aguerrir selon deux rôles principaux qui sont :
  • permettre le déroulement du jeu,
  • être décideur et responsable.
Pour cela, il va devoir utiliser percevoir-décider-agir en conséquence pour signifier aux joueurs ce qu’il voit.
Le contexte et l’environnement pourront avoir une influence, plus ou moins prononcée sur le jeune arbitre. Nous voulons parler ici de tous les « à-côté » du terrain, soit les parents qui ont tendance à arbitrer depuis les gradins, mais aussi des autres enfants qui arbitrent au lieu de juger, des tuteurs qui courent à côté et prennent les décisions à la place des jeunes arbitres, des chronométreurs s’improvisant tuteur de jeunes arbitres. Nous comprenons que tout cela part d’un « bon sentiment » pour certains des éléments décrits mais, comme pour la formation du joueur, nous pensons qu’il est important que l’arbitre puisse décider selon ce qu’il a vu ou pense avoir vu. Le parallèle pour ce cadre est assez flagrant avec les joueurs, puisqu’il n’est pas rare que eux aussi reçoivent des consignes depuis les gradins afin de « les aider ». Notre jugement est le même dans les deux cas, cela n’aide malheureusement pas le joueur sur le moyen / long terme, ou du moins cela ne correspond pas à la vision que nous nous faisons du joueur formé.
Finalement, l’arbitre en tant qu’un des acteurs du jeu devra prendre en compte le contexte de jeu. Ce dernier sera dépendant de la catégorie, surtout s’il existe des recommandations ou des règlements mis en place par le comité selon les catégories. Le projet de jeu, notamment défensif aura aussi très grande influence sur ce que devra sans doute regarder l’arbitre pour assurer ses rôles. Nous y reviendrons plus en détails par la suite, mais globalement la densité défensive réduite (mise de profondeur par exemple) ou très grande (dispositif au bord de la zone ne produira pas les mêmes problématiques quant à la gestion du cadre règlementaire.
VERS UNE RÉCIPROCITÉ ARBITRE JOUEUR DANS LA FORMATION

L’activité perceptive-décisionnelle requise par le jeu semble être prépondérante pour les deux acteurs du jeu que sont l’arbitre et le joueur. Alors pourquoi séparer leur formation ? Nous pensons peut être à tort qu’il faudrait justement les lier pour rendre les joueurs plus « intelligents » , qu’ils mettent du sens à ce qu’ils apprennent ou font, et pour donner aux enfants une autre idée de l’arbitrage en sortant du cadre de celui qui est nécessaire pour jouer, celui qui fait respecter les règles et qui doit être écouté. Nous pensons que cette vision de l’arbitrage et cette manière d’amener les enfants vers l’arbitrage n’est peut être pas la bonne ou du moins pas porteuse de motivation… les arbitres un « mal nécessaire » si nous devions pousser à l’extrême ce que pourraient penser les enfants.
Voici maintenant, une autre manière de voir les choses… Les enfants avec le temps et l’acquisition d’une certaine confiance, viennent aux séances pour apprendre. Ainsi chaque apprentissage est une source de motivation pouvant amener la fidélisation du joueur dans le temps. Bien que très « idéal », voici ce qui pourrait se passer :
Évolution des apprentissages

Évolution des apprentissages

L’enfant qui aurait les deux « casquettes » aura plus d’opportunité d’apprendre de nouveaux éléments : certains seront appris en tant que jeune arbitre et d’autre en tant que joueur. De tous ces éléments appris découlera un apprentissage global régulier. Pour la démonstration et la compréhension, nous scindons les deux aspects, mais nous pensons justement qu’ils doivent interagir au fur et à mesure de l’apprentissage. Comprendre les règles, c’est aussi avant tout connaître ce que je peux faire et ce que l’autre ne peut pas sans risquer une sanction. Ceci se traduira plus tard par une sorte de compréhension de l’arbitre, afin de ne plus être contre les décisions de l’arbitre mais les accepter pour ce qu’elles sont, des décisions humaines jugées par des humains, donc pouvant être source d’erreurs. Au delà de ça, nous pensons que le joueur doit être centré sur le jeu et pas sur les décisions extérieures, même des fois c’est plus facile à dire qu’à faire, car cela lui permettra d’évaluer ses erreurs ou encore ses besoins avec justesse pour les corriger et les gommer. Il n’est pas rare par exemple d’entendre des enfants sur un même bilan de match dire « c’est la faute de l’arbitre, il a toujours été contre nous » et « nous avons perdu parce que nous avons mal défendu. » D’après vous qui a le plus de chances de progresser, celui dont ce n’est jamais la faute ou celui qui accepte pour avancer… tout est bien sûr question de protection de l’égo ou encore de l’estime de soi ici est c’est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît en réalité, mais nous, nous choisirons plutôt la deuxième réponse, source de réflexion et de pistes de travail porteuses de sens pour l’enfant « ok, que penses tu qu’il faudrait travailler pour mieux défendre…? »
Pour aller plus loin dans cette réflexion, nous pensons qu’il existe des éléments relatifs aux besoins liés à l’arbitrage qui peuvent être très utiles dans la construction du joueur qui vont plus loin que la simple compréhension de la règle.
Arbitrer c’est avant tout décider de couper court à… cette vision peut paraître philosophique au premier abord ,mais reflète ce que nous pensons observer quand les plus jeunes ont un sifflet à la main. Ils voient la faute, mais ne la siffle pas, mais pourquoi? Les réponses sont nombreuses mais nous pouvons les catégoriser sous des thématiques différentes :
  • « j’ai pas vu »,
  • «  j’ai vu mais j’étais pas sûr »,
  • « j’ai vu mais c’était trop tard »,
  • «  j’ai pas osé siffler ».
Finalement l’enfant voit le jeu, rapide et désordonné et semble se refuser à y mettre de l’ordre, parce qu’il n’a vraiment pas vu, ce que nous pensons peu probable. Sans doute, plutôt parce qu’il n’ose pas ou n’a pas la confiance suffisante pour affirmer ce qu’il a vu. Nous y voyons un moment difficile pour l’enfant qui doit s’affirmer dans un rôle souvent dédié à l’adulte, et qui pourrait ressembler à une interrogation surprise individuelle devant toute la classe, mais celle-ci ne serait composée que d’instituteurs. Arbitrer pourrait donc aider certains enfants à s’affirmer si le contexte et l’environnement les  aident. Quel joueur n’a pas besoin de cet aspect dans ses ressources mentales lors de sa formation?
Nous oublions sans doute des éléments, car nous ne sommes pas arbitres, mais nous pensons que les rôles de joueurs et d’arbitres peuvent être liés et porteurs de sens pour former le futur handballeur.